Revue de presse

  •  Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 20 février2017. Voir le site
vu le mardi 14 février 2017
Bakerly à l’Esplanade Saint Vincent à Vienne

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Cet homme est tendre. Cela s’entend. Dans sa voix. Dans ses propos. Et généreux. Comment l’affirmer ? On ne peut pas chanter Chet Baker simplement par imitation ou par identification. Ce serait pure supercherie. Il faut de la tendresse, un brin de romantisme sans doute, de l’élan, de l’empathie, une envie de glisser sa voix dans ces standards de jazz écrits pour l’amour, pleins de nostalgie. Il faut une forte dose de sensibilité, une vraie voix, qui ne se situe pas dans les faux semblants, une résonance, un juste ton, une plainte, un souffle, un timbre qui vient caresser la note bleue, approcher la justesse sans tomber dans le classicisme, un port de voix qui sache tenir en haleine les mots, la chanson, son public. Il faut une voix naturelle, qui sache dire la vie, de tous les jours, les grands et les petits bonheurs, les peines de cœur, les failles et les ruptures, la folie. Il faut une dose de folie, de défi, d’amour tout simplement, pour approcher le répertoire de Chet Baker. C’est ce que fait avec grand talent Alexandre Gonzalez.

Dans le cirque moderne, on ne voit plus le travail infini de l’artiste. Ne transpire que la poésie. C’est un peu à cela qu’Alexandre Gonzalez nous convie. Et on ne pense finalement plus à Chet Baker, même s’il sait ce qu’il lui doit. On est hors temps. D’un standard à un autre. Comme en suspension. Les mots se posent en douceur dans nos esprits en éveil. Le travail est encore plus éclatant quand on sait que l’artiste assure à la fois le chant et la contrebasse. La trompette de Mathieu Guyadère s’élève, tout en lyrisme et courbures, prolongeant le propos de la chanson et l’éclairant d’une manière éternelle. Derrière, les deux accompagnateurs Tanguy Risset et Antoine Scherrer nous captent par leur swing.

Embarquement immédiat, cap vers le sensible, avec Bakerly. A la manière du poète Zéno Bianu, incarnant Chet Barker : « Même les atomes sont mélancoliques, même les protons connaissent le délaissement, mais comment faire autrement si l’on veut s’écouter en profondeur, si l’on veut rejoindre l’exactitude des éperdus, tous ceux qu’il faut écouter in extrémis ».

Il est aussi un homme tendre et généreux, cela s’entend dans sa voix, dans ses propos et dans ses actes. Allez donc pousser la porte de l’esplanade Saint Vincent. C’est monsieur Loyal, monsieur Lumières. Vous ne serez pas déçus.

Laurent Brun, texte & photos

  • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 30 janvier 2017. Voir le site
vu le vendredi 27 janvier 2017

Ewerton Oliveira & Zaza Desiderio : « Rencontre » à l’Esplanade Saint-Vincent

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Températures négatives dans les rues de Vienne, mais ondes positives dans la tiédeur de L’Esplanade Saint-Vincent qui accueille en ce dernier vendredi de janvier, sa seconde soirée en partenariat avec Jazz à Vienne. Les « Robin du jazz » accueillent une cinquantaine de gastronomes jazzophiles venus régaler papilles et oreilles aux accents de « Rencontre » du duo brésilien Ewerton Oliveira, piano et claviers et Zaza Desiderio, batterie.

Yves Dugas a mis à la disposition du pianiste un superbe Bösendorfer dont le Recifense Ewerton fait le meilleur usage dans cette soirée essentiellement acoustique. Les deux claviers électroniques sont relégués au second plan, apport de basses pour l’un, sonorités d’orgue ou piano électrique pour l’autre.

La batterie de Zaza connaît le contact des baguettes, mais aussi des balais et des fagots que le Carioca utilise avec délicatesse ou vigueur selon les touchers souhaités. Le tambourin est aussi mis à l’honneur à plusieurs reprises.

Le premier set alterne titres nouveaux (Multi-cor, Zaki no frevo, Rebuliço de Hermeto Pascoal) et présents sur l’album « Rencontre » (Raiz de Mandioca, Linda Flor da Manhã, Capivara de Hermeto Pascoal).

Zaza ouvre le second, debout près du piano dont il utilise le bois et les cordes comme percussions ainsi qu’une grappe de coquillages. Puisés dans l’album, Aline si belle, Passeando Nas Ruas, Outras Influências, Tereza No Blues, La belle fille se peigne se succèdent. Nouveau titre, Bebe conclut le second set. Nous emmenant sur une route paradisiaque, Estrada de São Saruê est offert en rappel avant une conclusion rendant hommage à l’immense Tom Jobim et son complice Vinicius de Moraes avec Samba de una nota.

A l’Esplanade Saint-Vincent, les deux Brésiliens et leur public ont passé une bien belle soirée d’hiver au cours de laquelle furent remerciés celles et ceux qui ont suscité, aidé, accompagné, soutenu, financé, apprécié le duo au fil des ans. Ceux qui l’ont découvert vendredi soir n’ont pas manqué d’acheter le CD à l’issue du concert. Chacun, ce soir, a pu faire sienne la phrase d’Ewerton : « La vie, c’est l’art de la rencontre ».
Christian Ferreboeuf & photos Jean-Pierre Jacquot

  •  Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 16 janvier 2017. Voir le site
  • Thomas Delor Trio à l’Esplanade Saint-Vincent

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  • L’Esplanade Saint-Vincent reçoit ce soir le « ‘Thomas Delor Trio » à l’issue d’une mini tournée dans la région. Cette formation a fait une forte impression lors de ses précédents concerts comme au Second-Souffle. Comme à l’accoutumée il revient au maître des lieux, François Robin de présenter le groupe du soir. Il ne manque pas de s’étonner que la direction et la composition soient confiées au batteur, ce qui montre une fois de plus  » qu’on peut être batteur et musicien ». Une fois la mauvaise blague passée, place à la musique.

    Ça sera un jazz très contemporain très tendu au sens d’une tension palpable dès le premier morceau All or nothing at all. Les trois musiciens jouent dans un mouchoir de poche, comme ayant besoin d’être connectés entre eux, c’est un signe. La cohésion est grande, l’écoute est intense. Arrive ensuite le thème éponyme de leur nouvel album The swangerer (le fanfaron), une composition aux rythmes très riches et aux breaks tout aussi intéressants qui vire entre swing et Blues. Pas de bon concert sans quelques standards, ça sera pour commencer My little suede Shoes. On finit le premier set avec LNA une composition dédiée à la compagne du batteur, œuvre de jeunesse qui n’a pas pris une ride.

    Le second set reprend avec un hommage à Thelonius Monk puis la reprise de On a green dolphin street sur un mode très « batterie » pour commencer, vite reprise par la guitare inspirée. Le trio nous propose ensuite ce qu’il présente comme une libre interprétation de La symphonie du nouveau monde de Dvorak … très libre assurément et très « Space » car méconnaissable, qu’importe le moment fut plaisant. Retour aux standards avec Bye bye blackbird, encore une fois très « delorisé » et pour finir sur un Blue in green plus reconnaissable. Thomas Delor a construit autour de lui un trio attachant, autodidacte de la batterie il déroule un style bien à lui et se permet des choses que l’académisme réfrènerait.

    Pascal Derathé & photos Jazz-Rhone-Alpes.com

  • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 3 octobre 2016. Voir le site

Escarmouche Trio à l’Esplanade Saint-Vincent

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Lorsque j’ai envie de me faire un bon film, chez moi, je mets « Il était une fois dans l’ouest ». Pas tous les jours, bien sûr, mais il y a dans cette merveille de cinéma un magnétisme dont je ne me lasse pas. Et c’est exactement cette sensation qui me vient à l’heure d’écrire cet article sur le fabuleux manouche-opéra du trio Escarmouche. De ce que j’avais écrit il y a un an et demi , je n’ai rien à retirer: une musique brillante, inventive, une dextérité au service de la musique et – surgissant du délicieux bric-à-brac qui leur sert de décor et de machine-lumière – la poésie.

Haaaa, la POÉSIE ! Cette façon exquise et délicieuse de transfigurer le verbe pour dire ce que le verbe ne dit pas, cet art de l’entre-ligne, cette percussion de l’image et du silence qui explose dans l’épaisseur du mot, ou de la note puisqu’il s’agit ici de musique. De musique? Oui, souvenez-vous de cette fanfare de cirque qui répond à l’appel de Monsieur Loyal, parfaits musiciens surfant sur le rugissement des lions, le roulement de tambour qui caresse notre échine avant le saut des voltigeurs. Souvenez-vous aussi du piano bastringue qui donne sa voix au cinéma muet, ou du classique accompagnateur des cours de danse. A moins que chez vous le souvenir d’une gratte auprès du feu soit plus évocateur, accompagnée par le murmure d’un chant tandis que dans le noir de la nuit s’envolent des éclaboussures d’escarbilles dans le doucereux parfum du chamallow grillé. Ou encore les cuivres tonitruants du thème de « Star Wars » au dessus d’un générique en perspective. Piochez dans la palette infinie de cette musique de vivante jeunesse; vous y trouverez forcément quelque chose d’Escarmouche.

Sous le prétexte du jazz manouche – et quel jazz! – ils peaufinent leur spectacle de poche avec une exigence et une pertinence rares, un travail d’orfèvre pour ciseler leur univers autour de trois fauteuils, lieu de tous les voyages, fantastique tapis volant dont ils nous font partager la magie, mille et un épisodes qui nous baladent entre flamboyance et mélancolie, bravoure et mystère. De cette histoire, nous sommes les héros consentants, embarqués, fascinés et complices. Je ne peux m’empêcher de penser que la petite salle de l’Esplanade Saint-Vincent est un heureux lieu pour vivre leur concert. Dans cette exquise proximité, la magie de l’artifice est complète et donne tout son sens au spectacle vivant. Car ces trois-là ont choisi le spectacle, sans complexe ni forfanterie, avec juste cette envie généreuse d’habiller la musique de roulotte de l’onirisme du monde circassien, un hommage aux gens du voyage qui furent les premiers inventeurs du cinéma de foire.

En écoutant leur album, tout chaud sorti des presses, je ne peux m’empêcher de fermer les yeux pour laisser le souvenir des images se superposer à leur musique. « Il était une fois Escarmouche ».

Julien Sermet, Rémi Nouvelot et Matthieu Pesnot-Pin sont en concert pour la sortie officielle de leur album jeudi 13 octobre à l’Esplace Tonkin à Villeurbanne. Ne les manquez pas!

François Robin & photos Daniel Peyreplane

  • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 19 septembre 2016. Voir le site

    Simon Denizart Trio à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Ce trio succède deux ans après à celui de Jérôme Beaulieu comme « révélation de l’année Radio Canada » il est donc normal de le retrouver à l’Esplanade Saint-Vincent qui entame ce soir sa nouvelle saison. Ce concert est organisé en partenariat avec Jazz à Vienne qui débute aussi sa « Saison ».

    Le trio vient présenter ses propres compositions regroupées sous deux albums (à ce jour). Le premier set tourne essentiellement autour de « Beautiful people » leur dernier opus. Beautiful people un thème très contemporain, calme, riche. D’entrée de jeu on apprécie la cohésion du trio. Pas de partition, ça joue à l’oreille et au regard. Jeanne Corpataux-Blache à la contrebasse a les yeux rivés sur les doigts du pianiste, idem pour le batteur Simon Bellemare. Bilan : dès cette amorce on sait que ça va bien se passer. Suit A day in hell, un thème plus sombre et rugueux qui remue. Ces trois-là ont bien entendu E.S.T. et le trio d’Aaron Parks. On continue avec Louisette, du premier album, loin de sentir l’œuvre de jeunesse ce morceau est formidablement fouillé, riche de rythmes variés. Avec le quatrième morceau Pocket Wheels on pénètre dans un autre univers. Le pianiste propose des ostinato avant d’ouvrir la voie à l’archet. Derrière le batteur suit avec une technique très économe de mouvements et diablement efficace. Du beau trio. Last dance une pièce d’inspiration romantique qui prend rapidement son envol, la contrebasse se fait tumultueuse à l’aide d’effets dosés au pied, le piano devient balkanique. La musique ce ne sont que des couleurs et des images pour l’oreille, ainsi en va-t’il de Family Time qui confronte souvenirs de famille et rigueur de l’hiver québécois d’après son auteur.

    Après la pause dîner le concert reprend. Dans la même veine.

    La musique de ce trio s’apprécie en fermant les yeux et en se forçant à lâcher prise. Le voyage est garanti. Le second morceau du set fait référence à Créteil la ville d’origine du pianiste, c’est assez peu commun. Et pourtant ce Living Creteil est attachant par sa diversité. Et le voyage continue avec des atmosphères très variées : Winter is coming, If my balcony could talk, Between two worlds… Décidément ce trio nous offre une belle musique à ouïr. Le concert se termine sur un morceau d’un calme intense Skyline qui fait penser très fort au jazz coolissimme du « CHK Trio » (Lauréat de La Défense en 2008).

    Pascal Derathé & photos Jazz-Rhone-Alpes.com

  • ElectraVoice à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Le concert vu par Monsieur …

    On ne parle pas souvent du mot d’accueil qui précède l’entrée en scène, et dont généralement les artistes n’entendent que quelques bribes depuis les coulisses, tout concentrés qu’ils sont sur la première note, le premier tempo, la première parole, la première réaction de leur public. Et pourtant … A l’Esplanade Saint Vincent, et c’est une partie de l’image de marque du lieu, François Robin sait faire, avec beaucoup d’esprit et tout l’amour qu’il porte à la musique et aux musiciens, de ce moment « avant » l’amorce du lien qui va se tisser entre les musiciens et leur auditoire. C’est entre tragédie grecque et révolution ouvrière qu' »ElectraVoice » entame son premier set essentiellement constitué de compositions originales, entre lesquelles se glissent un ou deux standards savamment remaniés. Les proportions seront inversées dans le second set.

    Christine Vallin, Gaby Schencke et Hélène Avice bousculent les harmonisations, détournent les genres, jouent avec les mots, les allitérations, pour nous livrer une musique réjouissante, métissée, impertinente, mêlant rigueur et fantaisie. Pas d’approximation ! Tout est juste. Les thèmes sont précis, les chorus sont fluides, le son est rond, l’énergie est dispensée sans compter, les dissonances sont calculées, exhausteurs d’harmonies dosées au micropoil par les expertes es chatouillis de tympan. Un pur régal.

    Michel Perrier

    … et par Madame …

    Le temps est suspendu ce soir à l’Esplanade Saint-Vincent.

    Pour cette soirée, ElectraVoice sera rebaptisé par François Robin, le maître des lieux, « Les filles d’Agamemnon » dans une très belle présentation du groupe. Dès les premières notes le public est subjugué par ce trio féminin dont les voix se superposent parfaitement. La voix de Gaby Schenke est substituée par son saxophone ténor et là nous percevons vraiment l’instrument comme prolongation de la voix avec un son rond, juste et frôlant par moment celui de la flûte traversière.

    Leurs yeux pétillent, leur féminité s’exprime, le groove s’installe et les notes viennent nous régaler les oreilles. Un morceau composé par Christine Vallin, Funky Nature, montre combien elles sont à l’aise dans tous les registres ; Hélène Avice conjugue rythme, groove, son et justesse à faire pâlir bien des contrebassistes !!!!! Jamais de sons agressifs, un chorus de Gaby au sax funky à souhait, la voix de Christine et son regard malicieux qui nous font presque oublier qu’elle s’accompagne à la guitare.

    Puis nous voilà partis sur le continent africain avec Gaby à la flûte déambulant entre les tables pendant que Christine chatouille les cordes de sa guitare devenue harpe africaine avec un couteau emprunté à des convives. Tout est là pour nous interpréter Afro Blue arrangé merveilleusement par Christine, ponctué de percussions au cajon et à la contrebasse, et un chorus de flûte à deux sons (si, c’est possible) de Gaby.

    Quelques jeux de mots nous ramènent sur terre et les voilà qui nous entraînent dans une Javanaise où l’archet d’Hélène caresse les cordes de sa contrebasse escorté par la flûte de Gaby, le thème s’envole …

    Le premier set se termine sur l’exposition du thème de Caravan au sax ténor et trombone de Christine, puis un chorus de contrebasse soutenu par la voix de Christine et le saxophone, un scat endiablé de Christine accompagnée par son cajon. Une version superbe de ce standard nous entraîne dans une atmosphère du Moyen Orient qui sera prolongée par le plat du soir qui nous régale les papilles …….. un tajine !!!!!

    ElectraVoice revient pour un Sweet Georgia Brown ponctué de percus sur le sax, et conclu par un accord délicieux. Puis une belle interprétation de Night in Tunisia suivie de Bibi et Mimi composition de Christine jouant avec humour sur la difficulté d’enchaîner les mots en B et M.

    Retour dans une atmosphère plus romantique avec I can’t give you anything but love, chanson d’amour sensuelle, suivie de Ghost lover plus enlevée, qui évoque ces hommes si souvent absents de leur nid d’amour.

    Et voici « déjà » le dernier morceau interprété merveilleusement au féminin par ces trois voix qui se complètent si bien dans Couleur café d’une féminité redoutable.

    Le public en redemande et elles nous reviennent en improvisation collective prouvant leur complicité et l’énergie qui les entoure. Bref trois styles de nanas très différentes qui se font plaisir, et, avec une grande générosité le partagent avec le public.

    Armèle Perrier & photos Daniel Peyreplane

  • RETOUR sur la soirée du vendredi 12 février 2016Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 15 février 2016. Voir le site

William Galison à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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« Devine qui vient dîner? »

A en croire le visage stupéfait des convives à la fin de la soirée, l’assemblée de l’Esplanade Saint-Vincent n’en revient toujours pas. Non pas que l’affiche fut une surprise – William Galison, « Légende de l’Harmonica » – mais parce que la renommée de l’héritier de Toots Thielemans n’est pas parvenue jusqu’au grand public, à l’instar de nombre de musiciens fantastiques qui s’invitent sans façons chez nous. Nous n’en avons aucun mérite. Et très certainement ils en font autant pour nombre de petits clubs. Lorsqu’il n’est pas en tournée à travers le monde, William Galison est en France, en vacances à Grenoble. Et il fait en vacances ce que nous faisons tous: il se fait plaisir!

« Hello François! » Déboulant dans la salle sous une bourrasque de vent, le grand américain étale un large sourire sous son bonnet de laine. Un pote de passage à Vienne, en quelque sorte. Il a d’ailleurs ce petit coté « touriste » qui colle aux harmonicistes, baladant nonchalamment le minuscule instrument dans leur poche – ce ruine-babine que nous avons tous traîné en colo pour faire frémir les copines. Pas plus de forfanterie chez lui. Et pourtant! Alors que rien n’est moins excitant a priori que ce petit orgue à bouche – soufflez, respirez – l’harmonica prend sa revanche dans de fabuleuses BO de cinéma: Once upon a time, où le Ouin-ouin imaginé par le génial Morricone colle au regard chinois de Bronson, et la ballade atmosphérique de Bagdad Café, petit bijou minimaliste de Bob Telson où notre William répond à la voix de Jevetta Steele pour un Calling You de toutes les mémoires. Mais il faudra attendre le tout dernier rappel pour cette offrande. Entre temps, il aura mis sous le charme un public pantois, alternant – au gré des standards – swings élégants, blues rocailleux, ballades onctueuses et même le bop d’un époustouflant Donna Lee.

En complice de luxe, le pianiste Karim Maurice jongle avec tous les styles, attentif à répondre avec justesse à l’esprit du moment, balançant avec brio d’enlevés chorus qui répondent sans rougir à la furia dont est capable Galison. Un vrai moment de jazz complice. Et de musique généreuse. Dans une écoute quasi religieuse (Ah! Le public de l’Esplanade!), le miracle de l’harmoniciste fait mouche, tout concentré qu’il est sur son joujou de métal, déversant dans ces quelques centimètres cubes une énergie inversement proportionnelle à la taille de l’objet. Ça ronfle, ça chante, ça caresse, ça feule, un souffle animal au service d’une dextérité diabolique juste trahie par le petit mouvement du doigt sur le piston chromatique. Facile? Facile!

Comme souvent, ceux qui n’y étaient pas ont eu tort. Non seulement parce c’était une occasion rare de savourer ce musicien incroyablement talentueux, mais aussi parce qu’il s’est offert avec une simplicité et une générosité sans pareilles. Ça aussi, c’est la très grande classe!

François Robin & photos Daniel Peyreplane

  • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 1er février 2016. Voir le site

Third Roam invite Célia Kaméni à l’Esplanade Saint-Vincent

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S’il est une reine, parmi les divas du jazz, à qui peut s’accoler l’adjectif « Roam » (vagabond, errant), c’est bien Billie Holiday. Plus que toute autre, cette chanteuse météore aura été ballotée par les vicissitudes d’une vie qui ne lui a rien épargné pour décéder à quarante-quatre ans, vaincue par la drogue et l’alcool.

Les nombreux exemples de fins terribles réveillent cette question vieille comme l’art: faut-il être malheureux pour être un artiste? Je lui préfère une certitude, celle que l’émotion est chaque fois universelle lorsqu’elle s’enracine dans l’humanité souffrante, ses fêlures comme ses errances, ses incertitudes comme ses espoirs.

Lorsque je rencontre Célia Kaméni, j’ignore tout du parcours de cette belle jeune femme. Je serais donc bien en mal de faire quelque rapprochement avec Lady Day. Pour autant je découvre en elle – plus encore que le grain délicieusement voilé de sa voix – l’espace en attente nécessaire aux belles interprétations. Et dans le trio intimiste qui l’invite, la fêlure – entre force et fragilité – que j’attendais. Le trio « Third Roam » a choisi de se passer de batterie, déléguant à la solide contrebasse la barre de la rythmique. Et c’est peu dire de François Gallix qu’il tient le navire! Infatigable, il tire des bords pour accrocher le vent, quelle que soit sa direction, offrant à ses funambules compères l’amplitude souple d’une vague sur laquelle se coulent les surfeurs. La trompette de Julien Bertrand s’est enrichie depuis notre dernière rencontre. Elle a gagné cette douce vélocité souple et profonde, cette capacité de chanter sans babillage, un bercement raffiné et mature qui dialogue avec tendresse avec la voix de Célia. Plus funambule encore, Sébastien Joulie est plongé dans sa guitare, tirant sa musique comme un sculpteur du bloc de marbre, en dégageant par petits éclats l’œuvre qui se cache au plus profond, dans une quête inquiète qui semble l’habiter tout entier. Quelle heureuse idée que d’avoir choisi cet hommage à Billie Holiday!

Dans la petite salle de l’Esplanade, les tables semblent s’être resserrées autour des quatre musiciens, les trois vagabonds entourant comme au coin d’un feu la longue silhouette de Célia, silencieux et émouvants compagnons. Elle chante God save The Child, reprenant l’un des titres phares de la grande Billie. Et le vent nous emporte.

François Robin, texte & photos Daniel Peyreplane

  • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 16 novembre 2015. Voir le site

    Catali Antonini présente « Persian Alexandria » à l’Esplanade Saint-Vincent

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    « Persian Alexandria », ce pourrait être le titre d’un roman. Un roman dont on tournerait les pages avec envie, et qui nous ferait voyager de l’Inde à l’Italie, à travers le temps et l’espace, saisissant çà et là des émotions cinglantes de vérité, à la manière d’un Cartier Bresson, qui derrière une esthétique majeure s’attache au réel.

    « Persian Alexandria », ce pourrait être de ces romans qu’on lit, fiévreusement, d’une traite, mais qu’on prend et qu’on reprend. En l’ouvrant au hasard, on n’en a pas fini de découvrir de nouveaux raffinements, de nouveaux bienfaits.

    « Persian Alexandria », c’est la magie du jazz qui nous fait prendre avec brio des vessies pour des lanternes, des chansons pour un roman, et transforme les musiques en images. Persian Alexandria, c’est quoi ?

    C’est un beau projet de groupe, réunissant cinq musiciens qui excellent dans l’art de la poésie sonore et qui ont cette capacité à nous transporter, des sortes de merlins enchanteurs.

    C’est un embarquement, un aller simple, vers l’ailleurs. Les artistes ont cette pleine conscience de leur responsabilité à nous entraîner, sans nous perdre, vers l’autre, vers l’inconnu, dont on ressort forcément transformé.

    Ce sont des chansons qui feraient comme un carnet de voyage mêlant le réel et l’onirique.

    Ce sont des compositions merveilleuses, d’une grande modernité, qui font une musique puissante et raffinée. La musique déploie sa poésie, ses contrastes, ses thèmes, sa sensibilité. Les musiciens sont au service de cette expressivité, chacun apportant sa touche et se fondant dans les autres. Aucune faute de goût dans cette sculpture sonore : la voix est suave et joue les arabesques. Le sax s’enroule autour d’elle. Le piano apporte les couleurs pointillistes, sur une contrebasse qui à la fois s’enracine et cherche à atteindre le ciel. La batterie fait frémir l’ensemble. L’émotion est dans la vibration, les arrangements ciselés, les silences scintillants, les multiples combinaisons de jeu qu’offre un ensemble à cinq cœurs, l’interprétation qui donne sens.

    C’est une musique pleine, intense, qui trouve son harmonie, sa respiration et qui, avec beaucoup de tact, de doigté et de joie, nous rend à notre humanité. Une fois de plus les musiciens de jazz démontrent qu’ils ont leur place dans la grande maison des artistes contemporains et qu’ils ont, par leur regard et leur sensibilité, leur part entière dans la construction d’une société plus humaine.

    Persian Alexandria, c’est aussi le titre de la chanson éponyme du splendide album nouvellement sorti des presses que le groupe présentait ce soir à l’esplanade Saint Vincent, lieu musical et gastronomique incontournable de la scène régionale de jazz. A bon entendeur…

    Laurent Brun & photos Jazz-Rhone-Alpes.com

    (Catali Antonini: voix ; Stéphane Pelegri: Fender Rhodes, compositions ; Pascal Berne: contrebasse ; Eric Prost: sax ténor ; Yvan Oukrid: batterie)

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 19 octobre 2015. Voir le site

      Grégory Aubert Organ Trio à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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      On se demande parfois ce qu’auraient écrit les grands compositeurs, à l’avant-garde de leur époque et de leur culture, si leur talent s’était développé sous d’autres cieux, en d’autres temps. Amateur de jazz … et de jazz, comme il se plaît à le dire, le guitariste Grégory Aubert s’est certainement posé la question, et c’est en musique qu’il choisit d’y apporter « sa » réponse dans cet hommage rendu à Django Reinhardt ; sur la fin de sa carrière, le maître avait ébauché une passerelle vers le be-bop, la belle aubaine ! Sous bonne escorte pour tenter cette aventure, armé d’une intarissable culture du jazz dans les grandes largeurs, Gregory Aubert arrange les thèmes à la sauce swing, bop, afro funk ou latino, et sait rester fidèle à la conception musicale de l’original.

      L’exercice aurait pu n’être qu’intéressant, l’expérience est bel et bien singulière.

      Difficile d’habiller un titre dans un nouveau costume, tant la palette de ce qui lui sied est large. Le trio puise dans sa garde-robe rythmique et harmonique, et nous offre un véritable numéro de transformisme : le boubou africain revêtu par Djangology au son des mailloches devient swing féroce sans que personne n’ait vu venir le coup, pour finir tout aussi furtivement en robe à paillettes de samba brésilienne. Danube au milieu des dunes, sur une structure alternant swing et rythmes du moyen orient, Dream of you ou Nuit de Saint Jean inondés de bop ultra urbain, telles sont les métamorphoses auxquelles nous invite le trio. Nous aurons quand même droit en rappel à un Minor Blues dans la tradition du jazz manouche, auquel la bande n’a pas pu s’empêcher d’apporter une touche rythmique personnelle.

      Ce projet est l’occasion de (re)découvrir le jeu cultivé de Grégory Aubert, très à l’aise dans tous les styles, et on se plaît à reconnaître ici ou là le style de l’un ou l’autre des artistes qui l’inspirent. Authentique maître du groove, Camille Thouvenot à l’orgue assure une magistrale partie de basse, largement agrémentée de fantaisies mélodiques et rythmiques inattendues, tandis qu’il explore les grilles de sa main droite volubile, s’autorisant des décalages improbables, des altérations abracadabrantesques qui vous tiennent en haleine du début à la fin. Quant à Josselin Perrier, ce garçon ne respecte pas les conventions ! Il se surpasse dans les polyrythmies de tous acabits, dans les distorsions du temps et des cadences, faisant cohabiter le binaire et le ternaire, le « chabada » et le « shuffle », insuffle au trio une vie trépidante, et gare à vous quand il baisse la tête et qu’on ne voit plus dans l’ombre de sa casquette que son regard malicieux et un petit sourire en coin …

      Michel Perrier & photos Daniel Peyreplane


      Article de Xavier Rauffet au DL.

      / Dauphiné Libéré

      MUSIQUE | Une troisième saison de dîner concert s’est achevée autour du jazz

      Ils veulent faire vivre musique, jazz et culture à Vienne. Après trois saisons, le pari de l’Esplanade Saint-Vincent est plutôt réussi.

      Le festival Jazz à Vienne marque pour eux la fin d’une saison riche en musique et en émotions. François Robin, le programmateur, explique que « de grands artistes se sont produits dans notre salle, comme Olivier Gotti, l’Amazing Keystone Big Band ou plus récemment William Galison (voir par ailleurs) mais dans des conditions bien différentes pour eux ». « Cela a été une chance pour le public car le cadre est plus intimiste et les relations humaines plus riches puisque le spectateur passe un moment avec l’artiste, dîne avec lui, le rencontre », témoigne-t-il.

      Leur concept de dîner-concert, deux vendredis par mois se fait autour d’une programmation variée mais essentiellement axée sur des artistes jeunes et locaux. Cela a permis aux spectateurs de profiter d’une programmat ion éclectique allant du jazz contemporain au gospel, tout en passant par le blues ou le manouche. L’échange est pour eux l’essentiel et il se fait par la musique et la cuisine, une association particulièrement réussie.

      Les équipes de l’Esplanade Saint-Vincent marquent une pause durant l’été mais reprendront en septembre pour une quatrième saison. À noter que Jazz à Vienne lancera sa saison d’hiver chez eux pour une coproduction mettant en scène le Jérôme Beaulieu trio, le samedi 3 octobre. En attendant cette soirée, le saxophoniste Thomas Ibanez se produira vendredi 25 septembre avec son quartet.

      Xavier RAUFFET / Le Dauphiné Libéré

      William Galison pour clore la saison

      Ils ne pouvaient rêver mieux pour clôturer cette troisième saison. Pour l’occasion, l’Esplanade SaintVincent a accueilli William Galison. Son nom ne vous dit peut-être rien mais ses musiques sont internationalement connues, “Bagdad Café”, “Les Intouchables” et bien d’autres encore.

      Pendant plus de deux heures, il a ravi les spectateurs avec une musique à la fois puissante mais délicate. Enchaînant des standards de jazz et des reprises telles que de Ray Charles ou de Miles Davis. Il a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à l’harmoniciste belge Toots Thielemans ainsi qu’à Stevie Wonder. Un moment unique de partage et de sincérité entre un harmonica et un piano, entre William Galison et Karim Maurice.

      X.R. / LDL

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 27 AVRIL 2015. Voir le site

      Escarmouche Trio à l’Esplanade Saint-Vincent

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      Il y a d’abord l’intitulé du concert « Escarmouche, jazz manouche phosphorescent ». Diable ! Ce trio-là maîtrise l’Art de prendre les gens là où ils se sentent rassurés pour les emmener ailleurs. Soyons d’abord rassurant : Escarmouche, c’est un solide – doux euphémisme – trio de musiciens. Je dis bien « musiciens », car au-delà de l’habituelle technicité dont font aussi preuve nombre de cordistes acrobates, il y a chez ces trois là une réelle envie de créer un monde, de tirer le meilleur parti d’une altérité exacerbée entre trois belles personnalités.

      Si Rémi Nouvelot joue le rôle du flegmatique et flamboyant violoniste, les deux guitares se partagent une douce émulation intelligemment compétitive, entre l’intensité d’un bad-boydisme assumé de Julien Sermet et la fausse-nonchalance d’un Matthieu Pesnot-Pin jamais à cours de répond. Un vrai trio de killers à l’assaut du genre manouche, capable de jouer tout sauf n’importe quoi. Du Django – entre autres – puisque c’est ce que beaucoup attendent dans cette invite. Mais Escarmouche dépasse l’estampille.

      Ce trio né un peu par hasard il y a trois ans a su prendre le temps, conscient de son potentiel, avec la patience des gardiens du feu. De leur fabrique est né cet objet étrange et génial, mélange de bric-à-brac à la Méliès et d’une poésie qui pour être encore timide n’en est pas moins évidente. Ce décor fait office de quatrième homme, dépassant leur prétention première – pouvoir se passer d’un éclairagiste – pour devenir acteur à part entière d’un opéra fascinant. Tout comme l’orchestrion de Pat Metheny, les trois d’Escarmouche créent un monde musical singulier et expansif grâce à une savante technique de pédales commandant un système de lumières délicieusement artisanal et étonnamment efficace. Mais là où la technique, chez Metheny, est toute entière au service du one man show (des effets de loops et de couplage de la guitare avec d’autres instruments), le bidouillage d’Escarmouche est au service des concertistes. Car il s’agit bien d’un concert, et d’un spectacle, ou mieux encore : d’un opéra.

      Des compositions remarquables, une écriture envoûtante qui utilise toute la palette musicale possible, tant harmonique que rythmique, pour une histoire à laquelle ne manque que la parole. Echangeant avec une grande intelligence le leadership entre les trois musiciens, jamais superfétatoires, usant d’une maîtrise remarquable de l’accompagnement, Escarmouche crée un nouveau genre dans la foultitude de l’univers « manouche ». Dans le sillon esquissé par certaines compositions narratives des « Doigts de l’Homme », ils plantent un opéra-manouche épatant et fascinant, dont on devine qu’il ne saurait en rester là tant le potentiel exprimé laisse rêveur. De ce décor de brocante délicieusement désuet naît une paradoxale nostalgie jubilatoire, portée par une émotion symphonique inversement proportionnelle à la taille de la formation. Certainement, le jeu dans lequel ils se sont lancés les dépasse, créant des univers qui les emmènent plus loin que prévu. Heureuse émulation entre musique et théâtre, son et lumière, musiciens et public. Sans doute aussi, en s’attelant à l’exigence, ce groupe s’ouvre un avenir plus que prometteur.

      L’avenir nous dira ce qu’il en a fait.

      François Robin & photos Nathalie Jamais

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 13 AVRIL 2015. Voir le site

    Métis’Gospel à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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    Le gospel est-il du jazz ? Eternelle question qui divise les rédactions (la nôtre en l’occurrence) au même titre que son frère blues. Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que ces deux patriarches en sont d’incontestables racines. Après avoir accueilli cet hiver le one-blues-man Olivier Gotti et sa lap steel, l’Esplanade Saint-Vincent recevait la formation « Métis’Gospel » et son charismatique leader François Nyamé-Siliki pour un concert qui affichait lui aussi complet, confirmant l’engouement du public pour ces deux styles populaires.

    Interrogée sur la différence entre le blues et le gospel, Liz Mc Comb résume :

    « Le blues exprime la vie de tous les jours, ses joies, ses peines, l’amour, le sexe, c’est la musique de la terre. Le gospel, lui, chante la gloire de Jésus-Christ, l’Évangile. C’est la musique du ciel, celle du Paradis ! » Et si on lui demande :

    « Peut-on chanter le gospel sans croire en Dieu ? »

    La réponse est :

    « Non, non, non, c’est impossible ! On ne peut pas tricher ! On peut tromper les journalistes (rires), pas le public ! »

    Le ton est donné. Tout comme la musique racinaire d’Olivier Gotti évoquait les fantômes du sulfureux Robert Johnson, François Nyamé entame son concert par un chant de bénédiction sur la salle et le public.

    Dès le premier titre, ce qui frappe, c’est la voix de basse puissante et chaude du leader qui tient aussi ce pupitre dans le quartet « By The Gospel River » d’Emmanuel Djop. Mais – et c’est aussi ce qui fait la particularité du groupe – quand la majorité des formations de ce type déclinent le sacro-saint ténor-ténor-baryton-basse, Métis’Gospel surprend par cette basse-lead sur laquelle vient s’appuyer un chœur à la composition élastique, au gré des disponibilités de ses nombreux amis de talent. Un retard ayant privé les choristes d’une indispensable balance, il faudra attendre le second set pour apprécier à leur juste valeur l’excellence de ces seconds couteaux : le très groovy Heritanjona Razakarivony allias Tanj que l’on avait déjà pu savourer avec le concert ici-même du « Strike Band » de Luc Nyamé (tiens, tiens !), le ténor Apo Singou avec ce rare et envoûtant timbre sourdé qui évoque la trompette de Miles, le très africain Hervé Djopwouo qui donne à l’ensemble l’émotion insondable de ces voix qui trouvent leur force ailleurs que dans le vibrato. La touche féminine, enfin, avec Armelle dont il faudra attendre le premier – enthousiasmant – solo pour réaliser combien sa voix donne une chair toute particulière à cet ensemble majoritairement masculin. Au piano, Antoine Laville transcende la rythmique de l’ensemble, complétant la guitare de François Nyamé par un jeu tantôt suspendu, tantôt ravageur, donnant toute la mesure de l’immensité de sa palette musicale. Du déferlement bluesy – dans lequel il excelle aussi à l’harmonica – au chaloupé très funky porté par un piano électrique wouha-wouha bien senti, c’est toute la diversité du répertoire qui profite de la performance de cet accompagnateur de luxe.

    On retrouve bien sûr chez Métis’Gospel la référence évidente du Golden Gate Quartet – une rythmique scandée par le chœur sur laquelle évolue le leader – mais aussi des styles plus orchestrés où les réponds font échos aux plus grands thèmes des grands mass choirs américains. Les nombreux chanteurs de gospel qui avaient pris leur place dans le public ce soir-là ont retrouvé la plupart de leurs grands standards – Down by the Riverside, O Happy Day, This Little Light is Mine, entre autres – mais aussi des compositions de François qui disent mieux que tout autre discours la richesse d’une pérégrination musicale de plus de vingt ans.

    Applaudi avec enthousiasme, le groupe prolongera tard dans la soirée avant de recharger les voitures pour un concert le lendemain à St-Brieuc. Planning difficile, mais tous avaient tenu à rendre aux propriétaires du lieu cette visite d’amitié. Peut-on être musicien sans être généreux ?

    François Robin & photos Nathalie Jamais

      • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 26 janvier 2015. Voir le site

    Olivier Gotti à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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    Retour aux sources à l’Esplanade Saint-Vincent. Même s’il a émergé à Blues en Seine en 2011, même s’il est allé frotter ses cordes à l’autre bout du monde, même s’il s’est distingué à Memphis où il portait les couleurs de la France à l’International Blues Challenge, même si, à Vienne, on se souvient de lui comme « celui qui a fait la première partie de Santana sur la grande scène du festival 2013 » (de cette soirée, je garde le souvenir de cette prestation magistrale, et de la criante contreperformance de la bande à Carlos qui avait déçu plus d’un fan), je disais donc même si…, Olivier Gotti a gardé de la rue, premier témoin de sa carrière musicale, un goût prononcé pour la proximité avec les vrais gens. Et je ne serais pas surpris qu’à l’image de son inspirateur Ben Harper, il ne retourne pas de temps en temps sur les trottoirs de sa ville, histoire de se réétalonner un peu.

    Saisi par Jimi Hendrix à l’adolescence, il a l’idée d’analyser ce qui lui plaît dans sa musique, les morceaux qu’il préfère, et bientôt l’évidence est là, devant lui : elle vient de là, elle vient… du blues, « goude bleud ». Sa quête des origines de la musique qu’il aime aiguisera sa préférence pour les bluesmen solitaires, dont le stomp frappé du pied sur le plancher des bouges du bayou sied à merveille à ses pompes de baroudeur. C’est donc armé de sa lapsteel guitar (made in Saint Etienne de Saint Geoires by Sebastien Cotton), dont il nous expliquera les origines et les particularités, de sa voix de tête taillée sur mesure pour le blues du Delta (du Mississipi) et de son pied gauche qu’Olivier Gotti honore l’Esplanade Saint-Vincent de deux sets intenses et captivants.

    Traditionnellement, il démarre ses concerts, selon l’humeur du moment, par Death Letter Blues de Son House, ou Dust my bloom de Robert Johnson, deux monuments du genre, deux pièces majeures de son Panthéon personnel. Au fil des chansons, on se plaît à reconnaître des consonances de « ZZ Top » » période pré-commerciale, Ben Harper bien évidemment, mais aussi Dylan, Eric Clapton ou Muddy Waters. Olivier Gotti alterne les reprises du blues traditionnel, celles de morceaux de la pop music (Billy Jean, Voodo Child) ou du reggae (I shot the sheriff) accommodés, j’allais dire raccommodés tant leur costume de blues est un bain de jouvence revigorant, et surtout les compositions de son cru dont il nous confiera quelques clés de lecture. Force est de reconnaître que, si ses reprises sont convaincantes et ont du sens, Olivier Gotti habite littéralement ses œuvres personnelles, authentiques et attachantes ; dans la plus pure tradition du blues, ses textes se rapportent à la vraie vie, au temps qui passe, à la nécessité impérieuse de réaliser ses rêves, de tracer la route et de s’enrichir de la rencontre. Magnifique credo à l’image de son parcours, et de la route qu’il est en train de se tracer.

    Après avoir fréquenté des lieux où il a souvent été celui qu’on voit mais qu’on n’entend ni n’écoute, Olivier Gotti a, comme le public nombreux présent ce vendredi, apprécié la formule de l’Esplanade Saint-Vincent, qui accorde au(x) musicien(s) et aux cuisiniers le respect des uns et des autres, et nous permet de réjouir pleinement chacun de nos sens.

    Michel Perrier & photos Nathalie Jamais

      • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 12 janvier 2015. Voir le site

        David Bressat Trio à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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        Partagé entre le plaisir d’aller écouter du jazz et la sensation qu’il allait être difficile de se lâcher complètement tant l’atmosphère du moment était tendue ; c’est avec abnégation que je n’ai finalement écouté que ma détermination à résister face aux obscurantistes qui haïssent le jazz et me suis rendu à l’Esplanade Saint Vincent de Vienne qui accueillait ce soir le Trio David Bressat.

        L épreuve fut redoutable.

        Imaginez plutôt un dîner concert organisé un vendredi sur deux dans un cadre chaleureux, où les participants sont accueillis avec décontraction et professionnalisme par Joëlle et François et où la qualité du contenu des assiettes et du jazz proposé à nos oreilles également aimables* est toujours d’un très bon niveau:

        C’est dur la résistance !

        François Robin est intraitable: Ici on respecte profondément la gastronomie et le jazz aussi c’est tantôt des moments où l’on mange, boit et converse et tantôt des moments où l’espace sonore est réservé à la musique et aux musiciens avec le plus grand respect.

        C’est dur quand même François !

        Alors quand on sait que l’acoustique y est très bonne, et quand un piano Bösendorfer 3/4 de queue est mis à disposition, et réglé par Yves Dugas (Lyon Music), pour la maestria de David Bressat.

        Non décidément …c’est trop dur … je reste.

        Le pianiste David Bressat et son trio sont bien connus dans la région, Charles Clayette est à la batterie et ce soir c’est Benjamin Guyot qui est la contrebasse.

        Une des spécialités du groupe est de partir d’une chanson française et de la réinventer pour le trio jazz. On retrouve ces constructions dans le premier album du trio « french connexion ». Au menu de nos oreilles ce soir on trouve L’orage de Brassens ou La pluie fait des claquettes de Nougaro. Les arrangements pour Le petit jardin de Jacques Dutronc sont particulièrement spectaculaires, le petit jardin devient rapidement une forêt luxuriante où on s’y perd délicieusement puis par un petit chemin on repousse le portillon qui nous ramène au petit jardin de banlieue.

        Ces morceaux type « Frenche touche » alternent avec des compositions du magnifique dernier album du groupe « Soleil caché » dont nous avons déjà dit tout le bien que nous en pensions ici, et qui mérite d’être plus largement connu.

        Pour finir le groupe a arrangé superbement, le morceau de Daft Punk Get luky la vraie French touch cette fois, le rythme y est syncopé l’ambiance est electrojazz, je préfère définitivement cette version.

        L’épreuve de résistance de soir a été éprouvante à souhait, et en plus ce n’est vraiment pas très cher aussi je reviendrais bien vite…résister.

        Charlie-Marc Aguirre

        * Formule de Philippe Meyer sur France Inter

      • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 13 octobre 2014. Voir le site

    West Lines a l’Esplanade Saint Vincent à Vienne

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    L’orgue Hammond a quelque chose d’organique. C’est sans doute un pléonasme que dire cela car les deux mots ont la même étymologie, la racine latine organum, qui renvoie à la machine, humaine, complexe, ou à l’instrument, qui l’est tout autant. Et pourtant il faut entendre le mot organique comme une extension du corps, quelque chose de créé par lui et pour lui, adapté à sa sensibilité. Il y a le touché, ce rebondi, cette propulsion qu’on ne retrouve pas au piano. Sans doute que le son si particulier de l’orgue Hammond façonne le touché, le rend sensible. Ce son changeant comme les lumières que captaient autrefois les peintres impressionnistes. Un son adapté à une époque, celle des années 50/60, du sky et des films de Jacques Tati, un son reconnaissable entre mille, ouaté, coulant, vibrant, l’écrin idéal pour laisser s’installer le swing, celui de Jimmy Smith, d’Eddy Louis, d’Emmanuel Bex ou de Benoit Sourisse.

    Cédric Piromalli est un ardent praticien de cet instrument et de ce style. Très volubile, grand rythmicien, il sait aussi se faire délicat, par un doigté subtil, et développe l’harmonie en douceur. Il possède en plein l’art du contraste, qui constitue la marque des grands techniciens.

    Il déroule ses tapis sonores au guitariste Antoine Polin, qui pose ses accords tout en tension – ah le Panda Blues, digne des thèmes de John Scofield, du ton par ton, évocation minimaliste à la limite de la caricature, d’un douze mesures, comme savait le faire la Compagnie des musiques à ouïr- et qui brille par ses solos chantants hyper mélodiques.

    Etienne Ziemniak n’est pas en reste. Sur sa batterie, il impulse, ponctue, relance, illumine, avec une inspiration et une énergie toujours renouvelées.

    La musique de West Lines joue dans le genre, dans la tradition du swing, avec cette pointe de modernité due aux arrangements soignés et au son légèrement distordu de la guitare. Le groupe a le souci de se renouveler pour éviter la monotonie du standard rabâché. Les sons se fondent les uns dans les autres, chacun jouant de sa pédale de volume pour améliorer les transitions. Cela donne quelque chose de très réjouissant et les standards sont revisités d’une manière très convaincante et très attrayante. A la fin du concert, le groupe ose les compositions personnelles (notamment le très étonnant More peanuts) et on peut ressentir un véritable lâcher prise et de belles émotions.

    West Lines est un magnifique trio, porté par trois musiciens hors pair. Ils jouent un swing décapant mais attention, ils en ont encore davantage sous la pédale, à en juger par les quelques (trop rares) compositions originales plus que prometteuses. A quand un prochain album complet de ces pépites ?

    Laurent Brun

      • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 13 octobre 2014. Voir le site

    MEM’s à l’Esplanade Saint-Vincent

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    A l’invite du maître des lieux nous sommes d’emblée confronté à un dilemme : s’agit-il d’un quatuor (version zique classique) ou d’un quartet (version jazz)?

    Les musiciens sont plutôt jazz : Joachim Expert au clavier, Patrick Maradan à la contrebasse et Josselin Perrier à la batterie, ça rassure d’emblée. L’inconnu ou le joker c’est la harpiste, Mathilde Malenfant. A (re)découvrir.

    La réponse tombe dès les premières mesures : la harpe est jazz. Il s’agit donc d’un quartet. Ouf! On continue.

    Le répertoire oscille entre des reprises de jazz, des compositions (de Joachim ou de Patrick) et des pièces a priori pas jazzy , soit issues du monde baroque comme cette vieille chanson portugaise de la renaissance ou ce morceau orientalisant.

    Les premières mesures sont légères et gaies, ce quartet va nous emmener sur des chemins de traverse.

    Le second set démarre hauts les cœurs avec le morceau de bravoure de la soirée la Harp suite de Patrick Maradan. On le savait excellent sideman, on savait qu’il écrit bien mais alors là … Total respect! Dix-huit minutes de bonheur !

    Puis Sphère de Joachim ne s’adresse qu’au trio piano/basse/batterie et nous fait goûter un nouveau moment de liberté.

    Le standard de la soirée sera « Beautiful love » entamé à la harpe et repris avec une contrebasse alerte et légère.

    Fin du second set sur Zyriab un hommage au regretté Paco de Lucia. Un morceau qui, comme le veut la légende, serait dédié à l’inventeur de la guitare et qui nous emmène loin, très loin.

    Encore une soirée de qualité à l’Esplanade Saint-Vincent où la musique a été à la hauteur de la table et vice-versa.

    Pascal Derathé

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 21 avril 2014. Voir le site

    Fabrice Tarel Trio à l’Esplanade St-Vincent

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    Si l’art du trio est un ardu boulot, c’est alors du côté de la métaphore du travail que je filerai, que dis-je, que je courrai, en parlant du « Fabrice Tarel trio ». Ces artistes sont de sacrés bosseurs. On les connaissait déjà avec le répertoire de « Praise of Quietness » avec lequel ils avaient atteint une maturité dans ce travail d’équilibriste du musicien de jazz moderne, un mélange de dextérité, de virtuosité, de fougue, d’inventivité, de dialogue et de générosité. Ils ressortent tout récemment de la mine, frais et dispos, avec un nouveau disque « Whirl », qui font d’eux des membres accomplis des nouveaux défricheurs du jazz, dans la lignée des E.S.T., Bad Plus…

    Des orpailleurs. Ils ont l’art de dénicher des pépites mélodiques et rythmiques ou plutôt ils transforment tout ce qu’ils touchent en or. Attention, il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas du tape à l’œil. Rien qui brillerait trop vite, pas de cache misère. Rien de poli. Leur travail se présente dans son état brut, dans sa gangue, avec toute sa complexité, sa rugosité, dans l’éclat d’un acte musical sauvage, sorte de beauté formelle, mouvante, suggestive, parfois évanescente, parfois insistante et envoûtante, tel un tableau moderne aux multiples entrées. Les compositions sont encore plus personnelles et les trois musiciens prennent des risques, étirent le temps, osent le dépouillement ou le foisonnement, parfois avec insistance, avec des ostinatos brillants et des mélodies qui vous hypnotisent. Ils poussent jusqu’au bout la recherche sur les timbres, sur les ambiances sonores et les compositions basculent soudainement dans l’inconnu, dans l’inattendu, jouant des silences, avec cette capacité à se laisser surprendre et entraîner très loin vers une infinie beauté.

    On a touché du doigt, ensemble, des moments de grâce et sans doute un bout de cette vérité que tout musicien de jazz recherche. Ce soir-là, les anges planaient et se plaisaient tout autant à converser sur des morceaux aux accents rock, aux allures debusiennes ou à la carrure evansienne. L’improvisation n’était plus un prétexte à la dextérité ou à l’expression, elle était source et jaillissement.

    Difficile de passer à côté de cette musique tant elle nous parle. Nous parle de nous. Les musiciens délivrent, sans le savoir, des clefs pour repousser nos limites, pour colorier nos états d’âme, pour donner du rythme à notre propre rythme, pour donner sens à la liberté. N’est-ce pas là la principale fonction de l’art. Ce tourbillon est plus qu’envoûtant, il est essentiel.

    Le prix spécial jury revient une nouvelle fois à Joëlle et François Robin, les hôtes généreux et accueillants de l’esplanade (secondés pour cette soirée par deux jeunes à la lumière et à l’accueil) et à toute l’équipe. Le jury (en l’occurrence votre serviteur) leur attribue un « 5 étoiles » dans le guide des lieux qui fait la promotion du jazz vivant. Coup de chapeau donc à l’Esplanade, qui prend soin des musiciens, et qui a besoin pour cela d’un public nombreux pour défendre ce travail, pour exister et d’un réel soutien des politiques publiques.

    Laurent Brun

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 7 avril 2014. Voir le site

    Le duo Joäk à l’Esplanade St-Vincent140404-joak-esv-dp-2903-600x253

    Qu’il est bon d’être reçu par François Robin en ce lieu intime et gourmand des vendredis du Vienne nocturne ! Il accueille ses hôtes avec humour et gentillesse qu’ils soient attablés ou là, sous ses projecteurs prêts à montrer leur ouvrage. L’espace scénique est particulièrement intime et personnel ce soir, à l’image de ce que l’on s’attend à découvrir. Deux tables recouvertes de nappes colorées, des guirlandes lumineuses, sur l’une quelques appareils technologiques côté jardin, sur l’autre une foultitude de « petits trucs » côté cour et un éclairage toujours modulé avec soin par le maître des lieux.

    Roxanne Perrin a bien de la chance d’avoir à ces côtés le très redoutable Jean-Pierre Almy que nous connaissons déjà pour ses collaborations dans quelques très belles formations. La formule du duo voix/contrebasse a quelques références qui ont fait date dans l’histoire du jazz moderne, on pense évidemment à Helen Merrill et Ron Cater ou encore Sheila Jordan avec Arild Andersen ou Cameron Brown et plus proche de nous Catali Antonini et Stéphane Rivero que l’on a écouté ici même. Archet oriental en préambule, quelques clochettes de coquillages et autres shakers exotiques en écho, un seul premier mot suffit c’est l’intemporel Summertime, gonflée la jeunette… Une jolie voix douce sensuelle, un brin voilée, groovy et bluesy à souhait, bien placée avec ce tout petit décalage dans le tempo qui change tout. Délicatement Softly As in A Morning Sunrise est enchainé, Jean-Pierre l’aura évoqué par quelques citations discrètes et Roxanne aura pris soin de nous dire le texte de la chanson avant d’en donner sa vision sur un tempo allegro enlevé original pour cette composition faisant partie de ces fameux standards du jazz, tient on ne l’a pas senti venir, c’est Caravan.

    Oui mais voilà ce sera fini pour les blue notes qui nous/me font vibrer, le répertoire qui suivra sera du domaine du tour de chant de la chanson presque internationale et sans improvisation : une dose de Brésil, un bon tiers de cette chanson française de bon ton (Trenet, Barbara, Gainsbourg, Ferré) un tiers des tubes internationaux (Wonder, Björk, Sting) et un petit tiers de compositions personnelles.

    Il manque indéniablement un liant, à l’image de certains des festivals de l’été, le patchwork des musiques cousines actuelles ne suffit pas à donner une unité, il y a bien un moment où il faut faire un choix, présenter un projet véritable pour se démarquer.

    Le « Duo Joäk », c’est du bel ouvrage, c’est sensuel, bien fait, original, Roxanne Perrin est une découverte à suivre et d’ailleurs elle nous annonce quelques prochains concerts de printemps et d’été en des lieux que nous fréquentons bien souvent. A suivre donc…

    Philippe Simonci

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 10 mars 2014. Voir le site

    Zaza Desiderio Trio à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Leader de cette formation de très jeunes et très talentueux improvisateurs, Zaza Desiderio, batteur prolixe et inventif, a pris à cœur la tâche de nous faire découvrir quelques-unes des multiples facettes de la musique brésilienne dont, au final, le public européen ne connaît qu’une infime partie. Le trio qu’il présente avec Bastien Brison et Brice Berrerd a de quoi surprendre, le premier aux commandes d’un magnifique Fender Rhodes, le second avec, situation inhabituelle pour qui le connaît bien, une basse électrique entre les mains. Aussi étonnante qu’elle nous paraisse, l’association de ces trois instruments en trio est une configuration des plus actuelles et des plus populaires dans le jazz brésilien.

    Si la samba et la bossa ne sont jamais très loin, les rythmes fluctuent au gré des influences de chacun : Nordeste brésilien, jazz, jazz-rock, bop. Le programme puise dans le répertoire brésilien « ancien » et moderne, et fait aussi la part belle aux compositions de Bastien Brison et Zaza Desiderio, dont ils nous révèleront les moments et les émotions qui les ont inspirés.

    Le premier set commence par frustrer le public qui doit contenir ses applaudissements jusqu’à la fin des trois premiers morceaux qui s’enchaînent. Il faudra qu’on apprenne à saluer les chorus comme il se doit à l’Esplanade. Chacun y va de son introduction, s’ingénie à semer le doute dans le public, souvent bien loin du thème avant d’y arriver de la manière la plus inattendue ; tous prennent le risque de la liberté d’entraîner et se laisser emmener, à tour de rôle ou collectivement, pour leur plus grand plaisir, unanimement partagé dans la salle. Zaza Desiderio surfe sur ses peaux, Brice Berrerd a farté ses cordes, Bastien Brison explore les sons électriques de son instrument. Les échanges sont vifs, les réparties fusent, les connexions sont presque palpables, l’enthousiasme est communicatif, l’ambiance est solaire, élégante. Soirée brillante s’il en est.

    Michel Perrier

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 10 mars 2014. Voir le site

    Gypsy Circle à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Le manouche a la cote. Les enfants de Django n’en finissent pas de naître et pas seulement dans les caravanes. Passablement décrié par les puristes du jazz qui voudraient ranger ces fainéants dans le bac « populaire », ou « folklorique », voire « ethnique », il n’en est pas moins une marque de fabrique du jazz français, porté sur les fonds baptismaux du Hot Club de France par Reinhardt et Grappelli en 1934, et adoubé par quelques uns des plus grands musiciens de l’époque : Coleman Hawkins, Benny Carter ou Rex Stewart pour ne citer qu’eux. C’est bien sûr ce fond de commerce swing qui fait aujourd’hui son succès populaire auprès du (grand) public, au même titre que le dixieland ou le gospel, souvent catalogués comme lui dans le jazz-à-papa.

    Marie Joannon et ses compères assument crânement cette référence au populaire – Django lui-même a fait ses premières armes dans les dancings – en reprenant les belles pages des chansons à succès, Piaf, Moreno, Nat King Cole ou Fitzgerald, mais aussi quelques perles de Gainsbourg comme cette Saison des pluies qu’avait déjà portée avec talent Marion Amirault accompagnée dans son trio « Sugarcoat » par un certain Olivier Calvet. Il est évident que le choix d’un bon nombre de textes en français n’est pas étranger au succès du concept, ce qui donne à penser que le succès outre-Atlantique des grands standards de Broadway n’est finalement rien d’autre qu’un amour populaire, plus près du radio-crochet que de l’opéra, loin du statut sacré qu’on voudrait lui donner en France. De là à conclure à un certain snobisme des vrais amateurs de jazz français …

    Reste que le matériau-même peut rapidement finir en soupe, la recette de l’air des lampions ayant ses limites. A cet exercice-là, la qualité des arrangements, l’intelligence du répertoire et la justesse de la couleur sont bien plus indispensables qu’une seule dextérité flamboyante qui peut vite lasser. L’indispensable guitare rythmique est assurée sans faiblir par un Olivier Calvet très concentré, attentif au juste partage harmonique avec la contrebasse très chantante de Damiens Larcher qui fait la claque avec une énergie communicative. Adjoint à cette rythmique d’origine, l’apport de Nicolas Courtinot à la guitare lead se fait en souplesse, aussi à l’aise en chorus que dans les riffs alertes qu’il brode autour de la voix chaude de Marie.

    Une musique facile diront certains. Et alors ? Même s’ils avouent un peu de frustration lorsqu’on leur dit à la fin d’un mariage « C’était très bien ; on ne vous pas entendu ! », ils rappellent à juste titre que les gens viennent aussi au jazz par les chaussettes, ce langage universel qui fait swinguer les jambes et claquer les doigts. Et si leur technique sait se faire oublier, habillée par le charme de la musique swing, les « Gipsy Circle » savent aussi suspendre leur public à quelques ballades dépouillées de toute beauté. Là où toute tricherie est impossible.

    Small is beautiful ! Il n’y a pas d’art mineur.

    François Robin

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 17 février 2014. Voir le site

    Elsi Etna Quartet à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Il est des voix qui, dès les premières notes, vous enveloppent, tissent autour de vous un cocon confortable et apaisant, derrière lesquelles on sent pointer, encore cachés par la timidité, le feu d’une pulse qui ne demande qu’à être libérée et une tessiture ample et riche.

    La voix d’Elsi Etna est de celles-là, et la chaleur s’installe à l’Esplanade Saint-Vincent dès le premier morceau, bossa nova nonchalante et chaloupée, composition du pianiste brésilien Ewerton Oliveira, qui signe une bonne part des arrangements interprétés ce soir par le quatuor. Les paroles, en créole, sont d’Elsi Etna.

    Emportée par la section rythmique constituée de Felipe Nicholls et son étrange contrebasse dont la corde la plus grave est équipée d’une extension qui lui permet de gagner deux tons dans les graves, et Daniel Portugal Lopez à la batterie, la formation poursuit un premier set un peu timide, avec des reprises de standards tels que Yesterdays, ou un arrangement original d’une œuvre de Claude Debussy Ma rêverie, qui démarre dans une ambiance éthérée construite par le piano et la contrebasse pour dériver vers un rythme latin plus énergique.

    Après une première pause, Elsi Etna entame a capella Throw it away d’Abbey Lincoln, d’une justesse époustouflante lorsque la première note de la contrebasse se pose en soutien. Exercice périlleux s’il en est ! Après Skylark, deux classiques de la Martinique, Grand Tomobile et La sirène sont l’occasion pour Elsi de dévoiler ce dont elle est capable dans tous les registres de sa tessiture, du plus grave au plus aigu, quand elle lâche les chevaux et se met à scatter avec vigueur et part dans des envolées mélodiques et rythmiques vraiment bien inspirées. Le set se termine par Samba y amor, de circonstance, à la voix et au chant.

    Afin de faire rentrer les derniers pétuneurs sortis prendre le frais, le troisième set commence de manière totalement impromptue par un magistral Chega de Saudade (No more blues) avec le piano pour seul accompagnement, tout en spontanéité et en fraîcheur naturelle, qui permet d’apprécier toutes les qualités de solistes des deux musiciens. Le reste de la troupe rejoint la scène pour enchaîner quelques standards réarrangés, parfois enrichis de textes en créole écrits par Elsi Etna. Black Narcissus de Joe Henderson, Dindin d’Antonio Carlos Jobim puis Afro Blue nous conduisent à un final enlevé avec le célébrissime Just two of us de Bill Withers.

    Encore une belle découverte dans la programmation de l’Esplanade Saint-Vincent ; cette jeune formation est très prometteuse, à suivre de très près. Le niveau est excellent, les idées sont très bonnes, chacun a l’occasion d’exprimer les siennes, et les moments de liberté pris tout au long de la soirée laissent présager de grandes prestations une fois que tout le monde sera à l’aise.

    Michel Perrier

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 10 février 2014. Voir le site

    Philippe Ménard « One man band » live à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

    140208-p-menard-esv-a-segarra-600x753 Illustration Alexis Segarra

    « Le blues est devenu la voix d’un peuple qui, au départ, avait été dépossédé de son propre langage. »

    Pourquoi le blues est devenu une musique rare ?

    La raréfaction du blues de nos jours repose dans ses origines. Il y a 150 ans (149 pour être exacte..), environ quatre millions d’esclaves noirs (c’est à dire 12,6 % de la population totale des États-Unis d’Amérique) obtiennent le statut « d’homme libre ». Quelques années plus tard on découvrira les premières traces d’enregistrements de « blues », un genre musical hybride au croisement des polyrythmes africains, des ring-shouts des plantations et des traditions musicales occidentales… L’intensité d’un chant qui se situe plus dans la complainte que dans sa justesse, un jeu de guitare qui suinte la lamentation et la désolation et parfois un minimalisme renversant de vulnérabilité. Mais ce qui caractérisera le blues pendant plus d’un siècle, ce sera surtout la fascination qu’il exerce sur son auditoire. Le blues deviendra le miroir des âmes errantes du début du XXème siècle. Quant aux paroles, sans grand intérêt au premier abord, révéleront bien souvent le mal-être d’une minorité livrée à elle-même. Comme le résumait si bien Big Bill Broonzy : « Comment peut-on chanter le blues quand on est satisfait? Le Blues est un chant insatisfait. Hurler, crier, supplier, s’énerver : c’est ça, le Blues. »

    Le fait est que pour comprendre le blues, il faut comprendre le bluesman ; et 150 ans plus tard, il devient difficile de retrouver cette connexion qu’avaient les premiers hipsters avec les musiciens noirs-américains.

    Ce qui rend Philippe Ménard si intéressant et si bon bluesman, c’est l’aisance avec laquelle il réussi à transmettre un siècle de blues et a recréer cette fascination première. En une soirée, il retrace à lui tout seul, l’évolution du genre en revisitant des morceaux de Robert Johnson, Blind Gary Davis, Big Bill Bronzy, Steve Miller, Le grand Jimi (Hendrix, of course!) et son « all time favourite » : Rory Gallagher. Plus orienté blues-rock des seventies, et définitivement influencé par ses années d’expérience en power trio, il pousse les limites de ses guitares (et de sa vieille Ibanez à la table si usée qu’elle m’a rappelé l’attachement qu’avait BB King avec Lucille !) en s’auto-accompagnant sur une batterie home-made qui mériterai une récompense au concours Lépine, ainsi qu’à l’harmonica. Ses talents de multi-instrumentaliste le rendent unique et fascinant, un peu comme un Robert Johnson des temps moderne, il aurait très bien pu vendre son âme au diable à un croisement entre la D751 et la D23 (ouais, je sais, c’est nettement moins classe à la française). Parfois, il entrecoupe les classiques de compositions personnelles (comme le Shanghai Blues de son septième album éponyme) qui font honneur aux plus grandes démonstrations de gammes pentatoniques.

    Philippe Ménard est un des rares messagers du blues au XXIème siècle. Par on ne sait quel miracle, ce français de Loire-Atlantique à décidé de mettre à profit ses talents pour la démocratisation d’un genre musical qui influence toujours autant d’artistes mais se raréfie, et on l’en remercie !

    Claire Jalmain

    • Article de Jazz-Rhône-Alpes.com du 27 janvier 2014. Voir le site

    Duets+1 à l’Esplanade Saint Vincent140124-antonini-pelegri-rivero-esv-dp-8309-600x200

    Ouf, ça y est, ça repart… François et Joëlle Robin nous accueillent à nouveau à L’Esplanade Saint-Vincent pour le premier concert de l’année nouvelle, on ne s’attarde pas dehors, il fait bien froid ce soir. Les vendredis seront toujours un moment privilégié des longues soirées viennoises pour les quelques « happy few » qui ont réservé leur table pour les dîners-concerts, la programmation est établie pour les deux premiers mois, qu’on se le dise.

    Lorsqu’on a acquitté sa contribution, il convient de rejoindre la table qui nous a été attribuée, de faire connaissance avec ses voisins proches, ici c’est un peu la famille qui se retrouve, se découvre. L’apéritif est servi pour chacun avec quelques petites choses délicates dans l’assiette. C’est alors que François, tonitruant, présente la soirée avec l’entrain qu’on lui connaît, place au premier set, il rejoint sa console des lumières qu’il modulera (scène et salle) au gré des ambiances sonores des sets; Daniel Peyreplane s’en fout, il shoote en noir et blanc…

    Le « DUETS + 1 » a gentiment évolué depuis sa première publique, c’était un vendredi aussi (voir ici). L’argument demeure, on ne change pas une formule gagnante et originale ; le fond reste prétexte mais la forme change, Stéphane Pélégri a désormais considérablement réduit son équipement de percussions pour y intégrer son vibraphone. Un Afro Blues pour mise en bouche et c’est LE Little Waltz de Ron Carter qui marque véritablement l’entrée en matière de la soirée. Comme l’auditoire est toujours aussi attentif et curieux pour ces soirées à L’esplanade, nos trois compères sont eux aussi parfaitement à l’aise. Il faut dire qu’ils ont rodé leur affaire, et même s’ils jettent un œil aux partoches, c’est juste pour se remémorer le tout nouveau changement de grille que Stéphane Pélégri n’aura pas manqué de proposer pour ce soir, il est un arrangeur qui remet continuellement en question son ouvrage… Passée donc cette introduction avec les désormais standards du modern jazz, place pour les évocations multiples des voyages/racines de Catali Antonini et de Stéphane Pélégri. La Corse tout d’abord avec Angoscia, initialement arrangée par Alfio Origlio et qui marque l’arrivée en première ligne du vibraphone sur lequel, on le sait, Pélégri n’a pas beaucoup de rivaux… Les vocalises toujours aussi personnelles de Catali étonnent son auditoire médusé par ses évocations de ces chants que les bergers échangent par les échos des montagnes, elle est seule là devant nous, les échos sont ceux des crotales de Pélégri.

    Autre moment fort du voyage de cette soirée avec le souvenir des déserts algériens pour Aïn Es Salam qui commence avec une très longue note tenue en ostinato par un sample et les archets frottés sur les cordes de la contrebasse de Stéphane Rivero, mais plus surprenant sur les lames du vibraphone et les cymbales de l’homme des percussions. Catali module des vocalises osées avec des écarts de notes périlleux et maitrisés, on entend aussi ces quarts de ton des gammes orientales, ses cris sont comme des youyous festifs. L’énergie fait dès lors partie des jeux du trio dans les soli et/ou les accompagnements, Pélégri se défoule sur ses lames, ses peaux, ses métaux, mailloches, baguettes, archet, doigts, paumes tout y passe et Rivero de slapper vigoureusement ses quatre cordes tirées.

    Après la pause nécessaire pour déguster le plat du soir du chef, le répertoire du trio, devenu traditionnel, sera rejoué ce soir, jusqu’au dessert, plus quelques nouveautés toutes fraîches comme ce Mi Ritorni In Mente de Lucio Battisti dans l’arrangement de Stefano Bollani, un autre Stéphane, l’Italie est systématiquement au menu aussi… ce seront des ballades, des standards, le calme après la tempête jusqu’au thème « de saison » : Estate.

    Trio magique pour quelques amateurs/découvreurs, à quand la prochaine ? Il semblerait que quelques nouveaux thèmes seront au menu gourmand…

    Philippe Simonci

    Electra Voices à l’Esplanade Saint-Vincent

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    La programmation d’un lieu de musique est parfois à l’image de son programmateur. A l’esplanade Saint-Vincent, elle se veut éclectique, enjouée, surprenante, comme un bon met que l’on veut faire découvrir et partager. François Robin y veille particulièrement et, avec Joëlle son épouse et toute l’équipe en cuisine, il sait prendre soin des musiciens autant que des convives.

    Depuis déjà deux ans, les concerts se sont succédés au rythme de deux par mois et l’on songe avec bonheur (et j’imagine pour l’équipe de l’esplanade avec envie et fierté) à tous les groupes qui ont illuminé les soirées.

    Les musiciens sont bien traités, aussi le rendent-ils au centuple.

    Ce vendredi 8 novembre, François Robin accueillait un groupe nouvellement constitué, « Electra Voices ». Trois femmes qui, emmenées par la compositrice Christine Vallin, ont proposé une musique bien construite, plaisante, mélange de jazz, de groove, d’influences diverses (le folk et la pop américaine, la chanson française enjazzée – on pense à Paris Combo ou Elisabeth Caumont). Ce qui fait la spécificité du groupe, c’est que les trois femmes chantent, harmonisent leurs voix, formant un bel équilibre d’efficacité et de douceur que vient renforcer la contrebasse chantante d’Hélène Avice et le saxophone (ou la flûte) de Gaby Schenke, qui sait se fondre à merveille dans la voix de la « leadeuse ».

    Gaby Schenke est une artiste accomplie qui a une écoute incroyable et un sens harmonique tout terrain, pratiquant avec la même aisance le funk, la balade ou le jazz contemporain. Christine Vallin a une voix qui emmène l’ensemble, qui en fait l’architecture première et l’intérêt principal des compositions. La voix est rythme, prétexte à des envolées. Les mots sont juste-là pour le swing, pas de message précis ou d’ambition poétique.

    La soirée était équilibrée, sans temps morts, sans heurts mais aussi sans fièvre délirante. Peut-être que le répertoire du groupe est encore en train de se rôder. Je souhaite en tout cas à Electra Voices maintes occasions de faire entendre son répertoire pour faire connaitre ses trois musiciennes talentueuses.

    Laurent Brun

    Neal Black and the Healers à l’Esplanade Saint-Vincent

    • 131025-neal-black-and-the-healers-esv-nj-0233-600x225Sale temps pour les peaux… sale temps pour les cordes… sale temps pour les tympans ! Mais fan de chichoune que c’est bon !!!Ça roule comme les galets de la plage de Nice un jour de tempête, c’est épicé comme un bon chili texan, ça racle, ça égratigne, c’est aussi parfois doux, sucré et puissant comme une tarte au miel et aux noix de pécan, et c’est servi chaud, très chaud. »Ça », c’est le Rocking Texas Blues de Neal Black and « The Healers », en primeur à l’Esplanade Saint-Vincent avant leur tournée européenne. Le plus viennois des guitaristes texans est accompagné par trois américains pur jus, virtuoses au CV long comme le bras qui ont joué avec les plus grands, sur les scènes les plus prestigieuses : le truculent Dave Bowler à la batterie, le bouillant Mike Lattrell au piano et de l’incroyable Kris Jefferson à la basse, avec ses accompagnements particulièrement riches et son slap redoutable. Tous se mettent jovialement au service du blues dynamique et dynamisant des compositions de leur leader, qui constituent l’essentiel du répertoire, où viennent se glisser quelques reprises aussi originales qu’inattendues : Ain’t no sunshine de Bill Withers, Who do you love de Bo Didley ou I can see clearly now de Jimmy Cliff pour ne citer que les plus connues.Neal Black affirme un style tout à fait personnel et original : les ambiances fluctuent, taquinent les sonorités presque planantes, plongent dans l’énergie pure du rock, l’entrain de la country, l’ardeur communicative du boogie woogie, le tout servi par une maîtrise instrumentale dans tous les registres. On est tenté de comparer, d’évoquer, on pense aux Blues Brothers, à Santana, Ten Years After ou Led Zeppelin, mais quand Neal Black se met à chanter, toute comparaison devient impossible. Sa voix grave, puissante, généreuse, unique, est une autobiographie à elle seule. Son timbre laisse imaginer le parcours dans lequel il puise son inspiration, avec parfois une pointe de mélancolie mais où transpirent toujours une farouche soif de vivre et une jouissance contagieuse du moment présent. L’ovation en fin de chaque set en témoigne.Pour couronner le tout, l’équipe de l’Esplanade Saint-Vincent avait concocté un dîner de circonstance d’inspiration texane, mettant ainsi le goût en harmonie avec l’ouïe, et apprécié par l’ensemble de public.Michel Perrier

    Sangoma Everett en duo avec Bastien Brison à l’Esplanade Saint-Vincent

    • 130913-everett-brison-esv-dp-9149-600x200C’est la rentrée à l’Esplanade Saint-Vincent, et c’est l’occasion de sceller un peu plus le partenariat mis en place avec Jazz à Vienne.En introduction de la soirée, Benjamin Tanguy présente le programme de la saison 2013-2014 avec des concerts dans toute la région : Saint-Etienne, Vienne, Saint-Etienne et retour à l’Auditorium de Lyon, ainsi qu’un programme alléchant, où les célébrités côtoient des noms moins connus, preuve que l’organisation a toujours à cœur de promouvoir les jeunes talents.Et du talent, on peut dire que Bastien Brison et Sangoma Everett n’en manquent pas ! Le duo a l’honneur de lancer la saison estampillée Jazz à Vienne, et ce n’est pas usurpé.Se produire en duo piano / batterie est un exercice périlleux et exigeant, à la hauteur des défis que les deux musiciens sont capables de relever. Au demeurant, la formation est très équilibrée, malgré l’absence d’un troisième point d’appui dont elle se passe aisément, le tour de force consistant à ne pas chercher à remplacer la contrebasse par une main gauche omniprésente, mais bien de faire sans, de construire autrement. Il faut bien du talent pour ça, de l’énergie à revendre, une certaine assurance, le tout cimenté par une belle pulsation qui connecte les êtres et transcende la création.En guise de mise en bouche, Smile de Charlie Chaplin nous donne un aperçu de ce que sera la suite : jeu extrêmement varié, expressions délicates et inspirées alternant avec des envolées hardies et dynamiques, explorations harmoniques aux limites de la dissonance et mélodies attendrissantes. Bref, le grand jeu.Bastien Brison est étourdissant par le bagage qu’il a déjà accumulé malgré son très jeune âge, par sa technique, sa sensibilité et sa culture, qui transparaît à travers les citations qui émaillent régulièrement son propos musical, mais aussi par sa capacité à s’approprier les standards, à les façonner à sa manière, sans jamais les desservir. Pour n’en citer qu’un, Autumn Leaves, dont on n’entendra le thème qu’à la fin du morceau, l’introduction en solo de batterie débridé et les chorus qui ont suivi nous ayant auparavant entraîné bien loin de ce sentier battu et rebattu. Quant à ses compositions, originales, inventives et très élaborées, elles laissent transparaître ses influences avouées et on se prend à reconnaître, fugace, au détour d’un chorus, un enchaînement, une progression « à la manière de » ou une citation discrète.Sangoma Everett ne démérite pas aux côtés de ce poulain de concours tant il déborde d’énergie et de bonne humeur. Son bonheur de jouer avec Bastien Brison irradie littéralement. Son jeu est aussi varié qu’exubérant et dynamique, en symbiose parfaite avec le pianiste. Il jongle avec les rythmes, les tempos, les sonorités qu’il obtient au moyen de toutes sortes d’ustensiles (baguettes, balais, fagots de bois, fagots de paille, maillets) et, bien sûr, à mains nues. Rien n’est ordinaire, rien n’est attendu, le suspense est permanent.Non, non, non, non, 5 bémol (patron des jazzmen) n’est pas mort (bis), et ce n’est pas demain la veille avec des gaillards comme ça, qui font rien qu’à nous étonner et à nous époustoufler.Michel Perrier
    • Dauphiné Libéré du 11 juillet 2013.
    • Jazz-Rhône-Alpes.com du 17 juin 2013.

    Un taxi pour l’Esplanade : Fred Nardin & Jon Boutellier quartet à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Tous les clubs de jazz ont leur histoire.

    Elle se raconte au gré des concerts, des photos de musiciens – jeunes loups ou vieux lions – qui semblent, derrière la vitre d’un petit cadre, jouer pour l’éternité.

    Elle se bâtit aussi autour des « vieux fusils » (ceux qui « ne partent jamais »), ces clients habitués qui s’approprient le lieu le temps de la soirée et poursuivent loin dans la nuit la discussion avec les musiciens, autour d’un dernier verre.

    Parce que le jazz est d’abord un échange, une histoire de conteur et de pénombre. Autour du feu de la scène, tantôt rougeoyant, tantôt flamboyant, le flow du quartet vient caresser la flamme, par vagues, un relai de magiciens qui entretiennent la lumière : le grondement de la contrebasse dePatrick Maradan – walking imperturbable, chaudière ronflante – le crépitement de la batterie deRomain Sarron – véritable feu follet, aérien et explosif – la puissance du ténor de Jon Boutellier– technique maîtrisée au service d’un chant énergique – les couleurs changeantes du piano de Fred Nardin – phrasé d’une superbe élégance, calligraphie pleine et racée.

    Pour ceux-là, l’histoire avait d’abord pris le visage d’une bande d’arrêt d’urgence, quelque part entre Lyon et Vienne, lorsque la voiture de Romain avait refusé d’amener à bon port sa cargaison d’instruments. Pendant que les portables s’activaient sur l’autoroute du soleil, Jon – sans se départir de son flegme habituel – rongeait son frein à l’Esplanade, envisageant une formation réduite aux deux leaders avec Fred qui devait profiter de la ponctualité inespérée de la SNCF pour rejoindre Vienne.

    Le concert débutera juste avec un quart d’heure de retard, les deux naufragés finalement à leur poste, souriants et – apparemment – détendus, se glissant dans le concert avec l’aisance d’un taxi-driver sur une piste de danse.

    De danse, il n’en est pas question dans le bop. Louis Armstrong disait de lui : « Ce sont des accords bizarres qui ne veulent rien dire. On ne retient pas les mélodies et on ne peut pas danser dessus. » Le bop, c’est une musique de souffle, un ascenseur pour s’échapper, la griserie de la vitesse dans laquelle le moindre écart est une cascade. Dans cette échappée-belle, le quartet de Fred et Jon surfe sur les difficultés comme une berline Citroën sur un champ de patates. Un fœhn puissant que les quatre musiciens entretiennent tour à tour, sans jamais faiblir. « On ne va quand même pas finir sur une ballade », dit Jon.

    La balade, elle finira après ce concert puissant, dans le taxi de rapatriement de l’assurance, objet d’un minutieux exercice de Tétris qui laissera sans aucun doute des souvenirs au chauffeur perplexe. De quoi alimenter ses prochains potins.

    Tous les chauffeurs de taxi ont leur histoire.

    François Robin


    • Jazz-Rhône-Alpes.com du 3 juin 2013

    Muriel Falzon quartet à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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    L’affiche annonce : « Muriel Falzon Quartet : Bleue Môme, … de Piaf à Barbara ». On imagine. Enfin on croit imaginer.

    En effet, chaque chanson est entièrement revisitée par Sébastien Falzon, pianiste et arrangeur de la formation : cadences, structures, harmonisations, tout y passe, sauf l’esprit de l’écriture originale, modernisé, colorisé, poussé à l’extrême, fortifié, transfiguré par les arrangements. L’interprétation fait grand honneur à ce travail de réécriture : l’accompagnement de Michel Altier à la contrebasse soutient efficacement, enrichit généreusement les harmonies et les mélodies, la rythmique de Vincent Calmettes à la batterie est dynamique, précise, délicate, discrète et indispensable. Le jeu très diversifié et énergique de Sébastien Falzon structure les compositions, tantôt notes délicatement égrenées, tantôt nappes moelleuses d’accords sophistiqués, tantôt rythmique syncopée, et ouvre un chemin royal à la voix pure de Muriel Falzon et aux émotions intenses qu’elle fait partager au public.

    Une note … deux notes … un accord … un motif … cymbale … charleston … contrebasse … thème distendu … chorus volubile : le premier set commence par une interprétation instrumentale desAmants d’un jourMuriel Falzon rentre en scène pour Göttingen, où l’on découvre tous les talents de la chanteuse, juste dans sa musique et dans ses sentiments, présente et captivante, donnant une dimension supplémentaire au texte ; c’est aussi l’occasion pour Michel Altier d’offrir un accompagnement très mélodique et un chorus en harmonie avec l’ambiance. Padam, presque méconnaissable, alternant cadences paires et impaires, d’une grande vivacité, se conclut par un chorus de batterie enlevé. Après Dis, quand reviendras-tu, arrive le surprenant Accordéoniste, rénové du sol au plafond, marqué par des changements de cadence pour le moins originaux. Le set se conclut par Mon Enfance, dont l’interprétation piano/chant a tiré une larme à plus d’un(e).

    Pour le deuxième set, petite incartade avec River de Joni Mitchell, très beau texte également, avant de revenir aux Insomnies de Barbara, qui déclinent à l’envi cette rengaine entêtante et tissent autour tout un réseau de rythmes et de phrases musicales. Sous le ciel de Paris est l’occasion de quelques changements de tonalité parfaitement maîtrisés, puis vient le Bois de Saint-Amand, magistralement arrangé, explorant gammes altérées et cadences impaires. On passe ensuite de laSolitude à La Foule en valse latinisée vigoureuse et entraînante.

    Michel Perrier

    • Jazz-Rhône-Alpes.com du 20 mai 2013.

      QBiq à l’Esplanade Saint-Vincent

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      « Booggie or not Booggie ? » Telle est la question posée par le quartet lyonnais au public de l’Esplanade Saint Vincent.

      Impossible de se prononcer en écoutant la musique de Q-Biq, qui emprunte à l’esprit des années 70 l’envie impérieuse de fusionner les influences de ces quatre musiciens de talent : classique, jazz, rock, blues, swing, cadences brésiliennes. Q-Biq crée au fil de ses compositions l’espace Schengen de la musique. Et ils s’en donnent à cœur joie !

      Le dernier CD du groupe constitue l’épine dorsale de la soirée, qui comportera une bonne douzaine de compositions maison. Pour l’écriture, tout le monde met avec un succès égal la main à la pâte.

      Les morceaux sont plutôt des suites où couleurs, rythmes, tempos et harmonies se succèdent et s’imbriquent avec une cohérence incontestable. On alterne allègrement binaire et ternaire, la ballade la plus lyrique enchaîne sans coup férir derrière le rock le plus musclé, les harmonies orientales de Distorted nous conduisent tout droit dans les oubliettes d’un château hanté deRacines, en passant par la grandiloquence de l’Eléphant. La musique de Q-Biq est très évocatrice, pour notre plus grand plaisir. Bien que les structures complexes soient très exigeantes, le groupe laisse une large place aux improvisations, toujours très harmonieuses.

      On se régale ! Ceux qui ont grandi à l’époque du jazz-rock se surprennent à voir défiler devant leurs yeux les pochettes de leurs bons vieux vinyles qui restent attachées aux ambiances sonores évoquées sur la scène : le messager cosmique de Jean-Luc Ponty encore imprégné de son passage chez Zappa, l' »Elegant Gipsy » d’Al di Meola, la perfection des canadiens d’Uzeb, le rock progressif et les concept-albums de King Crimson, des Who et autres Pink Floyd, le rock métissé de Santana, …

      Ces gars-là n’ont peur de personne, pas même de Chopin, et ils ont bien raison, ils en ont les moyens : une solide technique au service d’une grande musicalité, une culture musicale impressionnante qui nourrit leurs créations, une cohésion et une complémentarité indéfectibles, et surtout un son bien plein, bien rond (c’est un comble !) et très contemporain. Croyez-moi, dorénavant, je vais pister les apparitions (trop rares) de Q-Biq, non pas par nostalgie mais bien pour le pur plaisir de déguster ce cocktail explosif et bien ancré dans le présent.

      Michel Perrier

    • Jazz-Rhône-Alpes.com du 15 avril 2013.

      Magnetic Orchestra à l’Esplanade Saint-Vincent

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      Un regard neuf.

      C’était la posture que je m’étais fixée pour venir assister au concert du Magnetic Orchestra à l’Esplanade Saint Vincent à Vienne (où public et musiciens sont toujours aussi bien reçus, merci à nos hôtes).

      Un regard neuf parce que je n’avais plus de nouvelles de François Gallix depuis des lustres, non pas qu’il ne joue plus, mais plutôt parce que je ne sortais plus depuis belle lurette, et que mon esprit s’était arrêté au Crescent quinze ans en arrière.

      Un regard neuf parce que j’avais en main le dernier disque du trio, CD de belle facture, mais que je n’ai pas voulu écouter sans avoir d’abord entendu le groupe en direct.

      J’étais un peu sceptique, moi qui ne jure que par la création en jazz, que dis-je, la toute nouvelle création. Et je me demandais ce qui pouvait bien encore sortir de nouveau des standards maintes fois entendus. J’avais oublié ce qui fait le sel du jazz, ce qui rend les musiciens improvisateurs si proches et si captivants, leur capacité à jouer, comme des mômes et de s’amuser, leur faculté à nous faire partager leur énergie.

      En matière de création, de re-création, de récréation, j’ai été servi ce soir-là.

      D’emblée, dans leur jeu, il y avait l’envie de se surprendre et même s’ils se connaissent parfaitement, chacun entraînait l’autre vers des terres inexplorées, harmoniquement et rythmiquement. Il fallait voir avec quelle attention ils s’emparaient des morceaux, il fallait voir le regard du contrebassiste accroché aux mains du pianiste, le batteur aux aguets, surprenant le moindre changement de rythme ou l’impulsant, le pianiste guettant les silences pour les attraper et les sculpter.

      Il y a eu constamment de beaux mouvements collectifs, de la complicité, un même tempo intérieur, une même danse, une envie d’en découdre, une transe.

      Question répertoire, on est allé de Cole Porter à John Coltrane en passant par Monk ou Sonny Rollins. Sous leurs doigts, Giant Steps est devenue une ballade.

      Parlons-en, d’ailleurs de la ballade : quelle est le donc le secret de la ballade ? Pourquoi, à chaque fois, cela nous emporte et nous entraîne au plus profond de nous ? Ce soir-là, il est évident que cela tenait à l’alchimie du groupe, cet art du trio. Et tout d’abord au son de la contrebasse, rond et profond, un chant qui nous tenait. Ensuite au feulement de la caisse claire et la délicate résonnance de la ride. Enfin, et d’une manière irrésistible, aux accords de piano égrenés, par grappe, où perçaient quelques notes isolées, quintessence mélodique.

      Et ces sentiments qui nous bouleversent à l’écoute d’une ballade, ne viendraient-ils pas de l’attirance pour la nuit, du mythe du club où la magie du jazz transforme l’instant présent en éternité (ou peut-être l’inverse) ? Retrouver cette première fois où l’on a ressenti cela.

      La soirée s’est déroulée crescendo jusqu’à ce bebop final qui a tout emporté, nos esprits et nos cœurs.

      Regard neuf sur un groupe qui a su jouer du déséquilibre comme un art à part entière, un art de la suspension et qui nous a fait vivre et partager des états jouissifs et explosifs. Un groupe qui a su finalement, aux travers des standards, raconter des histoires, avec ses harmonies revisitées, ses marches et ses cadences, ses états émotionnels, la beauté de ses thèmes, la fulgurance de ses rythmes.

      On voyait hier, dans les plis des accords et des désaccords du trio, une espérance, un envol, une étonnante joie, comme une pluie qui lave et qui régénère. Comme un goût de première fois.

      Laurent Brun

      (Benoît Thévenot: piano : François Gallix: contrebasse ; Nicolas Serret: batterie)

    • Jazz-Rhône-Alpes.com du 25 mars 2013. 

    Strike Band à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

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    Le Strike Band de Luc Nyamé-Siliki présentait ce vendredi un projet spécialement concocté pour l’Esplanade Saint-Vincent. A l’image du parcours du leader du groupe, il s’agit de retracer le chemin qui mène du gospel aux musiques actuelles. Depuis son apparition, le gospel s’est toujours nourri des tendances musicales de son époque, pop music, soul music, R’n’B, hip-hop ou rap, la dénomination de urban (contemporary) gospel faisant la distinction avec le gospel traditionnel.

    Le Gospel Project du Strike Band s’inscrit dans cette mouvance ; six jeunes et vigoureux musiciens se partagent la scène et revisitent quelques piliers du répertoire : Oh when the saints (décliné selon les deux modes), Go down MosesLet it shineDown by the river sideOh happy daysAmazing Grace, et j’en passe. A cela s’ajoutent plusieurs compositions du groupe : Love is …Come back to meYou lieSaturday, …

    Si sur le papier, on peut s’interroger sur le résultat, les doutes sont dissipés dès les premières mesures. Pour commencer, comme on dit, y a du niveau ! et de la dynamique ! Chaque chanteur prend son tour de leader, chacun dans son style plus ou moins percutant, passant des graves aux suraigus sans accroc, dans l’harmonie, sans effort apparent (qu’ils sont insolents ces jeunes !) ; les harmonisations sonnent bien, la rythmique ne se fait pas remarquer, mais elle est bien là, toujours efficace. On s’extasie devant la maîtrise d’Hugo Crost derrière sa batterie en configuration minimaliste (caisse claire, grosse caisse, charleston et 2 cymbales) ; il pourrait avoir deux fois plus de fûts et deux fois plus de bras que ça ne serait pas mieux ! Pendant ce temps, Pierre Gibbeenvoie discrètement, au détour d’un break ou d’un point d’orgue final, quelques rafales d’arpèges et quelques riffs qui font bien sentir que non seulement il assure « grave », mais que son potentiel ne s’arrête pas là. Si habituellement on considère que piano et guitare ont du mal à cohabiter dans une formation, qu’ils ont tendance à se faire concurrence ou à faire double emploi, ce n’est pas le cas pour le duo Clyde Rabatel-Zapata / Maxime Payan, soudés dans la rythmique comme dans les chorus ; on ne compte pas les 4×4, 2×2 et autres répliques impromptues.

    Strike Band a réussi avec son Gospel Project, nous a fait joyeusement naviguer dans l’univers du « contemporary » gospel et de ses influences successives (sans en oublier aucune), et a certainement contribué à ouvrir nos oreilles vers des genres musicaux qui n’avaient pas toujours l’heur de susciter notre curiosité.

    Michel Perrier

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 25février 2013. 

Thomas Ibanez quartet à l’Esplanade Saint-Vincent

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L’Esplanade Saint-Vincent est désormais bien ancrée dans le paysage des nuits viennoises. Des amateurs reviennent fidèlement à chaque soirée bimensuelles de jazz. La confiance dans le goût de François Robin, qui assure la programmation, est totale. La preuve, ce soir, pas de « grand nom » à se mettre sous l’oreille mais l’assistance est bien fournie.

François Robin le rappelle dans sa courte présentation, il tient à offrir une scène à des groupes de jeunes musiciens en devenir.

Et c’est le cas de « Nouveau quartet de Thomas Ibanez ». Le jeune saxophoniste s’est assuré les services de musiciens excellents sidemen mais aussi compositeurs que l’on voit officier dans de nombreuses autres formations ou les diverses jam-sessions des clubs lyonnais.

Au clavier, Joachim Expert plusieurs fois lauréat du tremplin « SuivezLeJazz », Ben Guyot à la contrebasse et Marc Michel à la batterie. Les connaisseurs apprécient d’avance, les néophytes vont y passer.

Les quatre musiciens reprennent un répertoire de compositions à l’exception du premier morceau du « Maître » Joshua Redman, idole de Thomas Ibanez. On peut ainsi déguster les différentes approches de chacun. La part est belle pour le sax ténor (normal c’est le « boss ») avec notamment cette longue suite Mug suite mais les acolytes tirent leur épingle du jeu et au final ils nous proposent un set d’une belle tenue, d’un jazz accessible qui fédère le public.

Bonne musique, bonne chère et bonne ambiance… que demander de plus ?

Pascal Derathé

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 11février 2013. 

T.A.P. trio à l’Esplanade Saint-Vincent

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Ce vendredi, la chanteuse Catali Antonini se présente à l’Esplanade Saint-Vincent accompagnée par Olivier Truchot au piano et Stéphane Pélégri au vibraphone, l’une des nombreuses configurations possibles de ce trio de multi-instrumentistes.

Dire que le répertoire est presque entièrement constitué de reprises serait une offense, tant les standards choisis sont métamorphosés par l’interprétation flamboyante qui nous est proposée par les trois instrumentistes. Catali Antonini se positionne comme instrumentiste vocale. Et le terme n’est pas usurpé !

En guise de mise en bouche, How Insensitive installe la formation devant son public, bien sur ses appuis, bien en équilibre ; le charme opère immédiatement, les premiers frissons se font sentir, tout envoûtés que nous sommes par la voix de Catali Antonini : chaleur, sensualité, puissance, justesse, et ce petit quelque chose en plus qui vous titille le mental sans arriver à vraiment l’identifier. Est-ce un petit vibrato ? une pointe d’éraillement ? un phrasé particulier ? Mystère ! C’est l’épice qui fait que, dorénavant, vous la reconnaîtrez n’importe où.

Dès ce premier thème, on apprécie également toute la richesse de l’accompagnement, et on perçoit très bien que le trio fonctionne à l’écoute : tantôt les nappes de dentelle élaborées par le vibraphone créent l’atmosphère qui va donner de la liberté au piano pour soutenir le chant, tantôt la main gauche du pianiste assure la basse et laisse la place au vibraphone pour enrichir le chant. Puis vient le temps des chorus. Et alors là ! Les appels n’attendent pas longtemps une réponse, le tempo s’adapte, l’énergie monte, redescend, pas le moindre décalage !

Vient ensuite Stella by starlight, plus pêchu qu’à l’accoutumé, suivi de Someone to watch over me, ballade de George Gershwin interprétée en duo avec le piano. Les deux morceaux suivants nous font entrer dans le monde plus personnel de Catali, avec d’abord un flamboyant tango corse,Angosha, et Porta del Mare, composition de Stéphane Pélégri, qui est l’occasion d’un duo voix – vibraphone et qui évoque la lumière particulière et l’ambiance apaisante et aquatique de ce lieu situé à Venise.

Le premier set se termine par Song for my father, muy caliente ! Les chorus sont jubilatoires, le scat époustouflant, l’interprétation enthousiasmante.

Le second set sollicitera le répertoire latin avec Estate et No more blues, le bop avec Friday Night at the Cadillac Club du regretté Bob Berg, les ballades avec In a sentimental mood, qui, une fois n’est pas coutume, respectera l’esprit de Duke Ellington, avec cette façon si particulière d’accompagner au piano. C’est aussi une habile transition vers Duke, composition d’Olivier Truchot et hommage au maître. Traditionnellement, le trio termine ses concerts par Caravan ; il n’y aura pas d’exception ce soir, et, comme l’avait fait en son temps Pierre Desproges, nous avons droit à un résumé du spectacle, l’articulation de  »Caravan’ étant propice à alterner les rythmes et mélodies orientaux, le swing le plus débridé, les rythmes et intonations latins, et chaque musicien s’en est donné à cœur joie, Catali en tête avec un scat vigoureux et enthousiasmant.

Encore une fois, promesse tenue à l’Esplanade Saint-Vincent, qui continue à gratifier le Pays Viennois d’une programmation excellente.

Michel Perrier

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 21 janvier 2013. 

    Third Roam à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Bientôt un an qu’à Vienne l’Esplanade Saint-Vincent propose ses concerts jazz, avec une formule en dîner-concert qui réjouit ses convives-auditeurs ; c’est déjà en soi une petite victoire ! Reste pour devenir pérenne le délicat problème d’équilibrer la programmation pour un public souvent néophyte qu’il faut satisfaire tout en élargissant le champ musical. Après le concert du très coltranien Antoine Roney qui avait quelque peu secoué une salle pleine mais peu préparée à ce déferlement de free, c’est donc la formation beaucoup plus tranquille de Third Roam qui assurait le concert de vendredi dernier.

    Autant le trio de Roney avait pris possession en force de l’espace sonore, autant le parti acoustique de ce « trio vagabond » a renvoyé les auditeurs à une atmosphère plus soft, propice au sirotage et aux chuchotements. L’ambiance cosy de la salle se prête bien à ces formations drumless, surtout lorsque l’équilibre est trouvé pour laisser une page d’expression à chacun des musiciens. Sébastien Joulie, sans être trop disert, sait poser une harmonie tranquille bien dans la ligne de la musique de Chet Baker chère au groupe. Julien Bertrand propose un jeu de trompette enlevé, avec aisance et esprit, offrant quelques belles incursions au bugle. Patrick Maradan, surtout, est à la contrebasse le pivot du trio, attentif et inspiré pour une rythmique infaillible, avec un lyrisme élégant que favorise ce type de formation, adoubé par la qualité d’écoute du public qui a fait mentir un certain quolibet légendaire (« Attention : solo de basse ! »). Déçu en bien, comme on dit à Lyon…

    Sur un répertoire de compositions articulées autour de quelques standards de Thelonious Monk, Herbie Hancock ou Lee Morgan, les trois musiciens du Third Roam ont su créer une couleur bop et velours propre à faire oublier l’hiver le temps du concert. Un agréable petit vent de West Coast.

    François Robin

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 14 janvier 2013

Antoine Roney trio avec Maria Grand

Les amis de L’Esplanade Saint Vincent frappent un grand coup en récupérant un « day off » de la tournée européenne du saxophoniste Antoine Roney. La communication est bien faite, l’événement connu, la salle est pleine d’un public pas forcément aguerri à l’écoute du jazz qui doit leur être proposé ce soir mais qui restera attentif pendant les deux sets. Antoine Roney est depuis une vingtaine d’années un sideman accompli auquel il convient de faire appel lorsque l’on souhaite un saxophoniste ténor rugueux et vigoureux s’exprimant dans la ligne droite de l’art et la manière de John Coltrane. Il a d’ailleurs obtenu son accréditation en étant l’un des « fils » d’Elvin Jones. Venu à plusieurs occasions sur les scènes viennoises, la dernière étant au côté de son frère Wallace pour l’un des hommages à la musique de Miles Davis, le voilà ce soir leader de son trio avec en invitée, sa jeune novice Maria Grand, qui fait que le trio devient presque un quartet. C’est par un long solo de ténor que le dîner/concert débute : le son, la puissance, la volubilité, les harmonies, les découpages rythmiques, le ton est donné : « Trane Is Still Alive ». Le batteur Darrell Green vient soutenir son boss, décidé : caisse claire, grosse caisse, une cymbale et la Charley, équipement quasi minimaliste, la polyrythmie s’installe, c’est LA formule qui fera le bonheur dela soirée. Désolé de faire cette référence, mais quelque part nous sommes un peu au Village Vanguard avec devant nous Trane et Elvin.

Discrètement, sans doute desservi par la formule toute acoustique du lieu et la puissance des solistes, la contrebasse de Marco Marzola va assurer la base harmonique et Mademoiselle Grand, à l’unisson, le regard fixé sur l’horizon, nous montre, bien timidement, qu’elle a déjà le son mais qu’il va lui falloir apprendre à développer des idées, à les enchaîner sans hésitation, bref à improviser.

Thelonious Monk sera sollicité pour plusieurs thèmes ce soir (Rhythm’ A NingRound MidnightI Mean You …). Le trio sans piano a été « inventé » par Sonny Rollins lorsqu’il osait la formule au Blue Note de N.Y.C., elle est depuis réservée aux plus experts, et Antoine Roney fait indéniablement partie du lot. L’autre formule du soir est celle du duo/duel de ténors, là encore Rollins est l’une des références depuis ses rencontres avec Trane et Hawk, mais également avant lui Dexter Gordon vs Wardell Gray puis Eddie Davis vs Johnny Griffin ou… il y en a beaucoup et pas des moindres. Celui de ce soir ne vaudra malheureusement que pour les unissons de sonorité.

Nous sommes en famille, un tout jeune garçon se glisse derrière le batteur, saisi une paire de baguettes et lui vole la place ; Kojo Roney a huit ans, il a déjà compris beaucoup (sauf les nuances) et a très envie de voler la vedette à son papa qui s’y résout…

– STOP – MONK, COLTRANE : C’EST PEUT ETRE TOUT SIMPLEMENT CA LE JAZZ. – STOP –

Philippe Simonci

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 17 décembre 2012

    Carte blanche à Tiboum à l’Esplanade Saint-Vincent (Vienne)

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    Le musicien de jazz enchaîne les projets et les concerts sans s’appesantir. C’est bien souvent le public qui est le dépositaire de sa mémoire artistique. Il est intéressant d’ailleurs de s’arrêter sur les différents moments passés en la compagnie des artistes, instants fondateurs de notre perception (sans doute fantasmée) de leur personnalité.

    La première fois que j’ai rencontré Pierre « Tiboum » » Guignon, c’était au festival « des jardins d’Assier » dans le sud ouest, au début des années 2000. Il était avec Jean Luc Capozzo, le maître d’œuvre d’une joute instrumentale opposant deux équipes de musiciens amateurs et professionnels. Les équipes tiraient au sort un sujet et chacune devait s’ingénier à l’illustrer d’une manière sonore. Moment truculent, plein d’énergie et de fougue, à l’image des deux animateurs.

    J’ai recroisé quelques années après Tiboum dans les locaux de l’école de musique de Villefontaine, rattachée au conservatoire de Bourgoin Jallieu. Il était invité à donner une master class et, en professeur exigeant et passionné, proposait à tous les jeunes batteurs en herbe, en guise de préambule, une danse, pour leur signifier que la batterie est avant tout une affaire du corps et non de l’intellect. Atypique. Désopilant. Tiboum, une sorte de Bernard Lubat qui cherche à emmener avec lui son public, ses élèves, dans les eaux limpides et bouillonnantes du rythme.

    Je l’ai revu enfin dans des concerts où son côté extraverti se concentrait, se condensait dans un jeu tout en subtilité laissant éclater toute son inventivité. J’ai suivi également ses incursions dans le monde du cirque en m’intéressant à sa collaboration avec la compagnie des « nouveaux nez ». Un clown musicien, une sorte de Devos du jazz, maniant le rythme comme les mots.

    C’est avec un certain plaisir et beaucoup de curiosité que j’ai assisté ce vendredi 14 décembre à la carte blanche à Tiboum proposée par l’Esplanade Saint-Vincent, ce lieu viennois qui accueille depuis cette année des concerts de jazz deux fois par mois.

    Tiboum s’était entouré d’amis de longues dates avec qui il travaille régulièrement et partage sa vision musicale : Jean Louis Almosnino, à la guitare, Hugo Reydet à la contrebasse et Jean Michel Souris aux flûtes traversières et saxo soprano. Nous avons assisté à un concert très construit, dans une inventivité des formes et une richesse des arrangements.

    Encore un contexte où Tiboum fut le maître d’œuvre, la cheville ouvrière. Avec lui, pas de chichis. Pas de piédestal. L’artiste est avant tout un catalyseur d’énergie, et se doit d’entraîner son public avec lui. C’est ce qu’il fit, dès les premières secondes, arrivant sur la scène en scandant un rythme dans ses mains, le public convié à le suivre.

    D’entrée de jeu, on entendait déjà les tambours africains dans cette suite à déguster sans modération de Marc Steckar. Les musiciens ont enchaîné tout au long de la première partie standards de jazz revisités (un très beau Silver Serenade, un Watermelon man mené tambour battant et se finissant par un splendide solo de contrebasse, un Jessica d’Herbie Hancock à vous faire dresser les poils) et une composition personnelle de J.L. Almosnino (Gimme Monet), sur une pulsation très rapide. Le groupe a été d’une grande cohésion, Jean Michel Souris d’une fluidité et d’une énergie extraordinaire, Jean-Louis Almosnino lyrique, élégant, composant avec un touché et une sonorité digne des plus grands guitaristes actuels, Hugo Reydet impressionnant d’inventivité harmonique et rythmique.

    Tiboum menait son monde musical, ponctuant les solos des uns et des autres par des « allez » des « hé », chantant parfois des deuxièmes voix, travaillant sur sa batterie comme on le fait en cuisine, d’une manière organique et charnelle, s’attachant à colorer de ci de là la musique qui passe, sculptant sur sa caisse claire des effets de matière sonore, projetés comme une peinture, faite de roulements, de frottis, de déhanchements, parfois de véritables catapultes sonores, tout en laissant à ses cymbales des instants profonds de résonances.

    Les musiciens finirent le premier set dans un état de parfait accord, entre la guitare et la flûte pour un duo très émouvant (le flûtiste lâchant la bride à l’harmonie et débordant le cadre, dans un flot ininterrompu de notes), entre un batteur et un bassiste à l’écoute. Après une reprise d’un morceau de Freddie Hubbard, ils conclurent par Jean-Pierre, thème repris par le public et accompagné par le groupe.

    A l’Esplanade Saint-Vincent, jazz et gastronomie vont de pair. Après une pause gourmande, Tiboum a improvisé un discours, rappelant à notre mémoire le travail de ces musiciens populaires d’hier (tels Lalo Schifrin), qui ont su allier musique de variété et jazz et travailler de manière artisanale en mettant en avant leur savoir faire plutôt que leur appât du gain.

    La deuxième partie a repris ensuite sur les chapeaux de roue, les musiciens multipliant encore une fois les standards (de la musique brésilienne et du jazz), un blues de Ray Bryant Abdallah’s Delightet des compositions personnelles (Infinite time, de J.L. Almosnino, du riffifi en d’Oc, de Tiboum, morceau free, interprété magistralement). Les musiciens se sont essayés à des combinaisons multiples, le flûtiste jouant de sa flûte basse, Tiboum scattant sur le blues, jouant sur ses toms à main nue. L’écoute s’est faite encore plus affûtée entre les musiciens. Le concert a pris une teinte quasi méditative sur une reprise d’un thème de Bill Frisell, morceau lent, répétitif dans la forme et le rythme, en mode mineur, ponctué d’accords diminués.

    Le concert s’est achevé comme il avait commencé, sur des accents africains, par une sorte de musique tribale en 6/8 sur lequel les musiciens ont posé un thème d’un folklore imaginaire, repris en chœur par la salle très active ce soir là et acquise aux musiciens.

    François Robin, un des maîtres des lieux, a collaboré avec eux en peignant, en direct, à partir de son ordinateur, sur une des musiques. Cette peinture, projetée sur un écran au fond de la salle, représentait au final deux mains noires, tendues vers un ciel enflammé.

    Deux mains noires pour une carte blanche à Tiboum, pour ce clown blanc généreux, cet artisan œuvrier*, qui a tout assimilé des rythmes de la musique africaine, aux sources du jazz.

    Laurent Brun

    * œuvrier, ce mot très cher à Bernard Lubat.

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 2 décembre 2012

    Olivier Truchot trio et Rob Bonisolo

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    Ce soir encore, les notes ont coulé à flot à l’Esplanade Saint Vincent. Le trio emmené par Olivier Truchot à l’orgue Hammond, accompagné par Romain Sarron à la batterie et Thibaut François à la guitare, invite l’excellent Rob Bonisolo au saxophone ténor.

    Dès les premières notes, on voit que ces quatre-là se connaissent par cœur et qu’ils ont un répertoire long comme ça. Ce qui leur permet d’adapter le set en direct, en fonction de la salle et du public. Le premier set est consacré à des standards dynamiques et mélodiques. La présentation des thèmes à deux instruments ajoute une dynamique supplémentaire et autorise des variations harmoniques dès le départ. Et quand la place est laissée aux impros, le flegme très britannique de Rob Bonisolo laisse la place au sang latin qui coule dans ses veines. L’homme devient prolixe, déborde d’énergie, le discours s’anime, explorant tout le registre de l’instrument et tous les recoins des harmonies tout en respectant les mélodies : tout est dedans, comme on dit, servi par une technique toujours aussi impressionnante. Et quand il n’est pas aux commandes du chorus, il n’hésite pas à provoquer le soliste dans son chorus. Puttin’ on the Ritz, dans une version très syncopée, est l’occasion d’une conversation animée à trois puis à quatre qui nous laisse pantois. Le premier set se termine avec Sherokee, ballade indienne métamorphosée à la sauce be-bop.

    Pour le second set, mystérieusement jalonné par une petite phrase récurrente, le quartet explore le registre classique avec une interprétation très lyrique du thème écrit par Chopin pour son Etude n°1, pour passer à la chanson française (La Javanaise mêlée à La Vie en Rose) et au boogaloo deWrapping it up, sans oublier le funk à sept temps de Funky E.L., composition d’Olivier Truchot, qui donne l’occasion d’apprécier l’aisance de Romain Sarron dans la cadence impaire comme dans les autres registres. On oublierait presque de le souligner tant son jeu est juste, efficace et tourné vers la mise en valeur des autres.

    Un répertoire sur mesure, dans la bonne humeur, servi par un quartet en formation serrée, tous les ingrédients étaient réunis pour une excellente soirée à l’Esplanade Saint Vincent.

    Michel Perrier

  • Première soirée Coups de Cœur de Jazz-Rhone-Alpes.com avec Travelin’Light et 6 Sound trio à l’Esplanade Saint Vincent

    Je m’installe confortablement pour rédiger ma chronique, et v’là t’y pas que ma radio préférée programme Bye Bye Black Bird interprété par Ben Webster et Oscar Peterson, l’avant-dernière chanson de la soirée de ce vendredi à l’Esplanade Saint Vincent. C’est un signe : il faut commencer par la fin. Après tout, un peu de fantaisie ne fait jamais de mal.

    Le troisième set a vu, ça s’est passé sous nos yeux, la fusion des deux formations qui s’étaient produites auparavant : le duo Travelin’Light, qui tire son nom de la chanson de Billie Holiday, socle fondateur de la collaboration entre Marion Amirault (voix) et Olivier Calvet (guitare), suivi du 6 Sound Trio qui réunit Stéphane VincenzaCédric Perrot et Patrick Maradanautour d’un projet ambitieux et original, chacun jouant de deux instruments : piano et orgue pour le premier, batterie et vibraphone pour le second et, plus inattendu, contrebasse et guitare électrique pour le dernier.

    Deux formations qui prennent des risques, c’est ça qu’on aime.

    Je disais donc, le quintet final a conclu la soirée par un bœuf de haut vol à l’enthousiasme communicatif (en témoigne le sourire radieux de tous les artistes, j’ai bien dit tous), sorte de résumé de cette soirée à géométrie variable, reprenant des standards successivement brillants (Puttin’on the Ritz), swing (I hear a Rhapsody), cool (Reunion) pour terminer tout en douceur avec Bye bye Black Bird et On the sunny side of the street qui nous met du baume au cœur.

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    Le 6 Sound Trio a la pêche, et il nous le fait savoir dès le début du second set avec une composition de Stéphane Vincenza : Lucky Life, comme la sienne qui lui a offert l’occasion d’une seconde vie, de musicien cette fois. Notre chance est grande aussi, de pouvoir profiter de sa générosité, de ses qualités d’auteur et de pianiste, de ses chorus dynamiques alors qu’il dévore les grilles avec une gourmandise jubilatoire. Une autre composition de Stéphane Vincenza viendra plus tard, avec les rythmes latins de Señorita. Six sons à trois, ce sont aussi huit combinaisons possibles qui nous ont presque toutes été présentées au fil du set, avec quelques grands classiques audacieusement revisités, parfois avec humour, puisés dans le répertoire jazz (Me and my baby de Horace Silver), gospel (Joshua fits the battle of Jericho), pop (I wanna hold your hand des Beatles) voire même chants patriotiques ! Patrick Maradan est convaincant et bien inspiré à la guitare et les deux cordes supplémentaires ne semblent pas le perturber plus que ça. Cédric Perrot, plus que crédible au vibraphone, nous a régalés avec ses longs chorus fournis et percussifs à souhait.

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    Une fois n’est pas coutume, la soirée a commencé par le dessert avec le duo Travelin’Light : la voix douce, presque ingénue de Marion Amirault évoque les saveurs d’un bonbon acidulé, frais et sucré. Le répertoire est présenté comme la crème de la crème des chansons qu’ils aiment tous les deux, qui sont, par leurs mélodies comme par leurs paroles, autant de commentaires aigre-doux de la vie et des sentiments : tantôt graves, tantôt désinvoltes, romantiques, encanaillées ou vindicatives, le choix n’est pas anodin. D’un naturel réservé, Marion Amirault et Olivier Calvet s’épanouissent dans ce duo, exercice exigeant qu’ils réussissent avec élégance, chacun consentant à se dévoiler au gré des compositions, savamment dépouillées de leurs oripeaux, qui révèlent ainsi toutes les subtilités de la composition et les servent au plus près. Le jeu d’Olivier Calvet s’exprime sobrement, le swing n’est jamais loin, léger, suggéré, les chorus sont délicats.

    Comment ne pas être touché par la grâce du moment ?

    Michel Perrier

    Article de la Tribune de Vienne. Jeudi 8 novembre 2012 à 15h46

    Humour – « C’est l’histoire d’un jeune papa vieux ! »

    Photo Charlotte GAZARIAN

    L’humoriste viennois Gab, alias Gabriel Dermidjian, va jouer à l’Esplanade Saint-Vincent son 4e spectacle, encore en préparation. Une semaine de représentations, en exclusivité pour les Viennois !

    L’humoriste viennois Gab a choisi de confronter son prochain spectacle, le 4e, à l’avis du public. Et pas n’importe lequel ! C’est chez lui, à Vienne, qu’il se mettra à nu dans « Gabriel veille sur la petite chose ». Un titre provisoire qui ne devrait pas être celui du spectacle définitif. Tous les soirs pendant une semaine avec Gab… les Viennois vont pouvoir faire le plein de bonne humeur !
    Du lundi 19 au samedi 24 novembre, il sera face aux spectateurs à l’Esplanade Saint-Vincent. Un lieu plutôt intimiste, loin des grandes salles de la région.
    Avec ce projet, Gab n’a pas choisi la facilité. Plutôt que de rejouer ses anciens spectacles, qui feraient à coup sûr mouche, il a préféré tester ses nouveaux sketchs. « Je ne sais pas quel impact ils vont avoir, je pense qu’ils vont évoluer tout au long de la semaine, confie Gab. Je vais régler, minuter mes textes. »
    Ce qui n’est pas courant également, c’est que l’humoriste, après avoir fait marrer son public, mangera à table avec lui. Un repas sera servi à l’issue du one man show. On comprend mieux le choix du lieu, d’ailleurs dirigé en partie par François Robin, chargé de la programmation et la communication. C’est lui qui a réalisé l’affiche du spectacle, sur laquelle on voit « l’ange » Gabriel protéger sa fille, certes à grand renfort d’armes mais aussi et surtout avec toute la bienveillance d’un père qui ne sait pas toujours comment s’y prendre.

    L’inspiration retrouvée grâce à sa fille

    Ce thème est le fil conducteur du spectacle. Car dans la vraie vie, Gab est devenu papa pour la première fois sur le tard. « C’est l’histoire d’un jeune papa vieux ! », sourit-il. La paranoïa va vite gagner le personnage joué par Gab, autrement dit lui mais avec des traits de caractères et des situations exagérés. Ce qui fait peur à Gab, c’est d’aimer sa fille « comme un grand-père ».
    Si l’humoriste a choisi de parler de sa fille, c’est parce qu’elle lui a permis de retrouver l’inspiration qu’il avait perdue. « Depuis quatre ans et demi, je jouais l’ancien spectacle, j’étais en panne d’idées, raconte Gab. Un jour, j’ai vu ma fille arriver dans ma vie et là, eureka ! »
    A travers ses différents sketchs, il retranscrit son angoisse, celle de ne pas réussir à préparer sa fille afin qu’elle arrive à franchir les obstacles de la vie. Car son expérience de papa proche de la cinquantaine est à la fois un atout mais aussi un inconvénient.
    Mais vous en savez déjà trop !

    Charlotte Gazarian

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 17 septembre 2012

JB Hadrot et Etienne Bouyer à l’Esplanade Saint-Vincent

C’est officiel, les dîners concerts de l’Esplanade Saint-Vincent sont partenaires de Jazz à Vienne, qui ouvre sa première saison d’hiver ce soir ici-même. La valeur n’attend pas le nombre des années, l’adage se vérifie et il n’aura pas fallu longtemps pour qu’arrive la reconnaissance, tant par la qualité de la programmation que par l’intelligence de la formule, propice à une écoute attentive et au partage des impressions et ressentis autour d’une assiette bien garnie et d’un verre de bon vin.

Nous avions quitté l’Esplanade Saint-Vincent à la fin du mois de juillet avec Plume Trio, nous faisons notre rentrée avec une plume planant dans le vent de cette fin d’été, ‘Gliding Feather » étant le premier titre interprété par le duo de Jean-Baptiste Hadrot au clavier et Etienne Bouyer aux saxophones. L’album « Oxymore », enregistré il y a quelques mois, est le fil conducteur de la soirée, avec cependant une configuration qui diffère de l’enregistrement : le clavier est un piano électrique Fender Rhodes et Etienne Bouyer expérimente le saxophone ténor sur certains morceaux. L’ambiance s’en trouve transformée, et c’est sous un éclairage nouveau que nous (re)découvrons les compositions.

Dès les premières notes, le duo nous immerge dans son univers fait de belles mélodies, d’arrangements inattendus, de progressions imprévisibles et de chorus éclatants, qui côtoient avec bonheur des passages d’une grande sobriété, épurés, à la limite du minimalisme, et quelques rythmes bien déstructurés, bien déroutants. Les dialogues sont pleins d’attentions, l’un s’effaçant pour laisser l’autre s’exprimer, soutenant ses propos de quelques phrases bien senties. Le Rhodes emplit l’atmosphère de ses vibrations, le saxophone plane, en phase, dans l’espace, les rôles s’inversent, créant un tourbillon qui ouvre le passage vers de nouveaux horizons, insoupçonnables, et nous communique l’énergie nécessaire à une écoute active, indispensable pour apprécier pleinement les compositions. Il est des musiques qui évoquent chez l’auditeur des images, des voyages, qui racontent ; Oxymore se place sur le registre des émotions, exacerbées, presque palpables.

En marge de leurs productions, le duo conclut chacun de ses sets par une reprise, dans une interprétation très personnelle : All the things you are (je pose une réclamation pour la dernière note du thème final !) pour le premier, et Paranoïd Androïd de Radiohead pour le second.

N’oublions pas le petit bijou joué en rappel : Bouboucha, valse romantique, impeccable avant les douceurs du dessert.

Sur la scène, comme au studio, la symbiose est parfaite, à tel point qu’on a la sensation que les morceaux écrits par l’un l’ont été pour l’autre, pour le duo, sans qu’il nous vienne à l’idée que la formation pourrait être plus étoffée, ça serait trop. Sale temps pour la section rythmique !!!

Michel Perrier

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 16 juillet 2012

Les jam-sessions de l’Esplanade Saint-Vincent

En marge de la programmation officielle l’Esplanade Saint-Vincent a profité de l’absence de Club et de JazzMix pour proposer son « after ».

Inaugurée en février, sur le parvis de la cathédrale, l’Esplanade St-Vincent n’est pas qu’une salle de réception et de séminaire. Elle organise deux fois par mois des dîners-concerts jazz. En puisant dans le riche creuset des jazzmen rhône-alpins, François Robin s’attache à proposer une programmation variée de grande qualité.

Plus encore pendant le festival, l’idée a été expérimentée d’une formule « jam after jazz » les dimanches soirs à partir de 22h30. Si le premier dimanche n’a vu qu’une quarantaine de personnes – les absents ont eu vraiment tort !- braver la pluie pour écouter l’excellent Jon Boutellier et son trio « Drumless+1 », le bouche-à-oreilles a fonctionné à plein régime le dimanche suivant pour applaudir le quartet d’Anne Sila qui a mis le feu jusqu’à deux heures du matin. Il faut dire que tout est là pour de belles soirées : un lieu cosy, très « club », une lumière travaillée, une salle à taille humaine dotée d’une belle acoustique qui permet une réelle communion avec les artistes, et par-dessus tout un accueil chaleureux.

Les musiciens ne s’y trompent pas et se refilent l’adresse. Mis à part un break début août, la programmation est donc déjà en place jusqu’en décembre. N’hésitez pas à réserver au plus vite et venez découvrir le lieu.

Prochain dîner-concert, vendredi 27 juillet, « Trio Plume ». Et à la rentrée des concerts en partenariat avec Jazz à Vienne. La mayonnaise est en train de prendre.

Pascal Derathé

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 11 juin 2012

    Sugarcoat à l’Esplanade Saint-Vincent

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    Après l’énergie du trio de Mario Stantchev il y a deux semaines, c’est à une soirée de douceur que nous convie l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne.

    Le Sugarcoat trio met à l’honneur la chanteuse Marion Amirault entourée de ses fidèles musiciens John Zidi à la contrebasse et Oriol Martinez à la guitare. Que des cordes, mais ça suffit.

    Depuis plusieurs années Marion creuse son sillon de chanteuse loin des « canons » actuels du genre. Non, chez elle c’est plutôt la douceur. Sa voix est assez paradoxale, douce mais capable de puissance, haut perchée limite fluette, mais d’une précision remarquable. Avec ce bagage elle nous propose deux sets sucrés et acidulés qui raviront un public admiratif. Près de vingt standards seront proposés. Certains plus connus que d’autres mais aucun ne laissera nos oreilles indifférentes. Les dialogues voix / guitares créent des ruptures intéressantes avant de revenir à la voix.

    Le Sugarcoat trio est une belle option pour passer une soirée rassérénante.
    Pascal Derathé

  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 28 mai 2012

Le trio Origines à l’Esplanade Saint-Vincent

Tout commence par une rose rouge sur un piano à queue noir. La classe.

La rose est bulgare … le ton est donné.

L’introduction du piano aux couleurs de ragtime capte l’auditoire et le met en condition pour s’ouvrir à la douceur du souvenir qui émane du premier thème. Le voyage peut commencer, avecUne Pensée pour D, allusion à une composition de Mario Stantchev, première citation de ce concert qui en verra de nombreuses. Si l’inspiration des morceaux puise franchement dans les musiques populaires, le romantisme transparaît en permanence, le jazz n’est jamais très loin et les compositeurs contemporains sous-tendent le propos. En témoigne le dernier morceau du premier set, première des Impressiones Intimas du compositeur catalan Federico Monpou. Les mélodies ont une telle évidence qu’elles semblent tout droit sorties de notre bagage musical, qu’on les connaît depuis toujours. Les scènes de liesse succèdent à la mélancolie, des flots impétueux de notes déferlent des instruments, puis restent mystérieusement suspendues dans l’espace à la faveur d’un long silence inattendu. Bref, c’est de la musique concrète, qui respire devant nous comme ses interprètes respirent à l’unisson ; on le sent, on le partage, on s’y unit.

Avant de terminer le premier set dans la quiétude de la Première Impression et par Chanson, signée Mario Stantchev, le trio interprète une œuvre de Lionel Martin, hommage à un film d’Agnès Varda, Les Glaneurs. Malgré le registre très free, la performance a laissé le public pantois. Quelle maîtrise des instruments ! et de la respiration !

Pour le second set, retour aux mesures asymétriques des danses bulgares, sur un mode majeur plus gai, suivies d’une ballade de Jean-François Baez, Une Nuit à Zapo, interprétée à l’accordina, instrument à vent qui se situe entre l’accordéon et l’harmonica, et accompagnée du seul piano. Un morceau délicat, mélodieux, et d’une très grande musicalité ; et quel accompagnement !

Retour au piano pour une divagation en soliste, au cours de laquelle on a pu reconnaître quelques références à des standards de jazz comme Sister Sadie d’Horace Silver.

La place est ensuite laissée à Jean-François Baez pour une tribune libre à l’accordéon. Un vrai morceau de jazz, qui prouve que, lorsqu’il est servi par un virtuose éclairé, cet instrument est vraiment fait pour ça. Jean-François nous livre aussi quelques confidences sur ses origines musicales et nous pouvons reconnaître au passage la valse Indifférence de Tony Murena.

Pour Michèle précède un dernier retour aux sources avec Gankino Horo, danse bulgare au rythme complexe empreinte d’une grande énergie très communicative.

Que dire de plus sur cette soirée de haut vol, sinon enfoncer des portes ouvertes et abuser de superlatifs qui n’arriveraient pas à rendre la magie du moment et toute l’admiration suscitée par les qualités hors normes de ce trio.

Il ne reste plus qu’à renouveler les remerciements faits à Yves Dugas pour avoir permis à l’Esplanade de baptiser l’acoustique des lieux avec un magnifique piano Bösendorfer. Ça change tout.

Et encore bravo à toute l’équipe de l’Esplanade d’avoir eu l’idée de ces savoureuses soirées, qui nous ravissent à chaque fois.

Michel Perrier

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  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 14 mai 2012

M’Bisha trio à l’Esplanade Saint-Vincent

On nous avait annoncé du swing et des grands standards, certes revisités. Nous avons eu du swing, mais pas que, et des standards, mais pas que….

Pour le premier set, les trois complices de M’Bisha Trio (Benoît Thevenot au piano, Jean-Pierre Almy à la contrebasse et Andy Barron à la batterie) ont exposé quelques standards pas si classiques que ça. Nous avons pu apprécier tout l’art des musiciens pour coller à l’esprit des compositions originales tout en apportant une touche très personnelle à leur interprétation.

Les thèmes choisis sont aussi originaux et variés dans les tempos que dans les cadences et les structures. Dès le premier morceau, I want to say (écrit dans les années 80 par le batteur Victor Lewis et enregistré pour la première fois par Stan Getz et Kenny Barron), chacun des interprètes révèle ses atouts : inventivité, finesse, dynamique et un brin de fantaisie, et surtout une grande complicité. Il faut dire que nous assistons à la reconstitution du trio dans sa formation originale, et que les retrouvailles sont jubilatoires. Sans oublier Bill Evans, Michel Petrucciani a la part belle dans ce set, avec Manhattan et Cloé meets Gershwin, et nous retrouvons toute l’impétuosité du compositeur dans le jeu de Benoît Thevenot, à laquelle il apporte une touche de douceur tout à fait bienvenue. Avec un style et une gestuelle très personnels, Andy Barron produit un accompagnement bigrement efficace, sans jamais occuper exagérément l’espace sonore. Jean-Pierre Almy et sa contrebasse ne sont pas en reste, exposant quelques thèmes aux harmonies bien léchées et nous gratifiant de quelques chorus bien sentis. Après Ralph Piano Waltz de John Abercrombie et Peau Douce de Steve Swallow, le trio nous donne un avant-goût de ce que sera le deuxième set en nous interprétant Urbany, composition de Jean-Pierre Almy. Je ne pense pas trahir le public en disant que c’est, de loin, celui que nous avons préféré. Sur un rythme à trois temps, une basse omniprésente au piano et son cortège d’arpèges et d’accords tracent la voie à la contrebasse pour une promenade contemplative, que l’on imagine au petit matin tant elle est fraîche. La dernière note s’éteint lentement, retenue par le silence attentif de la salle.

Le deuxième set est une suite composée par M’Bisha ; conçue comme un cadre à l’intérieur duquel le trio évolue, elle laisse une large place à l’improvisation individuelle et collective, ce qui crée des événements pour le moins insolites aux musiciens, en témoignent le duo de percussions contrebasse / batterie à mains nues ou le chorus de batterie mettant à contribution toutes les faces des tambours et toutes les manières d’agir dessus avec les baguettes. L’ensemble évoque les ambiances nordiques telles qu’on peut les trouver chez les norvégiens (Tord Gustavsen) ou les suédois (E.S.T.). La piscine, composition de Benoît Thevenot conclut provisoirement le set, suivie en rappel d’une arithmétique sous influence de François Cordas, histoire de nous faire perdre nos repères temporels.

Nous apprécions de plus en plus la formule du dîner-concert, mais chacun son tour, et la proximité du public et des artistes, avec qui il est toujours possible d’échanger sur la musique, le répertoire du jour, ou partager quelques sensations fortes en allant ressentir en vrai les vibrations de la contrebasse.

Ah, au fait, il paraît qu’en patois normand, M’Bisha signifie … j’aime bien ça ! Et c’est bien vrai, ça !

Michel Perrier

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  • Jazz-Rhône-Alpes.com du 30 avril 2012

Good Vibes à l’Esplanade Saint-Vincent

L’Esplanade Saint-Vincent à Vienne atteint déjà son rythme de croisière pour son sixième concert. Ce soir c’est le groupe lyonnais « Good Vibes » qui est à l’affiche. Ce groupe est bien connu des habitués de la Clef de Voûte et du Keystone Big Band puisqu’on y retrouve Romain Sarron à la batterie, Ghislain Regard-Jacobez aux flûtes, Stéphane Vincenza à l’orgue sous la conduite de Cédric Perrot au vibraphone.

Le public viennois s’est désormais approprié le lieu car on y jouait encore à guichet fermé (ça fait toujours du bien de voir le panneau « Complet » sur la porte d’une salle de concert).

Cette formation s’est créée il y a quelques années pour accompagner des soirées « lindy hop », une danse bien pêchue et une musique qui va avec.

Le répertoire est donc rythmé à souhait et reprend un paquet de standards de l’époque où le jazz se dansait.

Le quartet fonctionne comme un coucou suisse, l’habitude de jouer ensemble. Devant, Cédric sait pouvoir compter sur sa rythmique. Les thèmes s’enchaînent à la perfection. Derrière, Stéphane et Romain communiquent beaucoup, saine émulation pour préparer un tapis de choix au vibraphone.

Le concert se déroule en deux sets ponctués par le nécessaire « miam-miam » qui n’empiète pas sur la musique. Ici on ne mélange pas les genres, « un temps pour les oreilles et un temps pour les papilles » comme l’annonce le Monsieur Loyal de la soirée, François Robin.

La mise en bouche est bien vive, histoire de rameuter tous les convives avec Sing, sing, sing, qui donne à Romain Sarron le loisir de briller. Cédric nous explique qu’il s’agit historiquement du premier morceau de jazz où la batterie fournira un solo. C’était à l’époque de Benny Goodman.

Suivront quelques grands thèmes comme Misty d’Errol Gardner, où l’on entendra Ghislain Regard avec sa flûte basse, instrument assez rare. D’autres morceaux connus comme Joy spring ouRachel’s dream et bien sûr le Song for my father d’Horace Silver. Le concert se termine sur un blues qui vire rapidement au boogaloo.

Le public étant demandeur, le quartet devient quintet pour le rappel avec l’arrivée inopinée en voisin de Jon Boutellier, c’est donc Charlie Parker qui sera à l’honneur avec Confirmation puisDonna Lee (même si ce dernier était une oeuvre de Miles Davis jeune).

Les musiciens étaient contents d’avoir joué devant un public très à l’écoute et apprécient l’ambiance du lieu.

Pascal Derathé

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  • Jazz-rhone-alpes.com du 17 avril 2012

    Escarmouche Trio à l’Esplanade Saint-Vincent

    Pour cette cinquième soirée, l’Esplanade Saint-Vincent programme une toute jeune formation du répertoire manouche : Mathieu Pesnot-Pin et Julien Sermet (guitares), Remi Nouvelot(violon), configuration presque classique du genre ; les trois lascars se débrouillent très bien sans contrebasse. Chacun a son style, et l’exprime tant à l’occasion des chorus que pour les parties rythmiques, riches et diversifiées.

    Le premier set est consacré à des standards, principalement tirés du répertoire de Django Reinhardt, histoire de rassurer le public. Le trio alterne les tempos, latins (Troublant Bolero), rapides (After you’ve gone) et ballades (Si tu savais). Un vigoureux Swing 48 conclut le set qui nous aura brossé en six morceaux un panorama assez complet du style manouche.

    Les bases sont posées : les artistes maîtrisent leur sujet ; ils connaissent leurs classiques et la technique est bien là.

    Pour le deuxième set, le trio nous invite dans son univers et nous présente ses compositions. Dès les premières notes la cohésion du groupe s’impose à nous. Ambiance polar et espionnage pourEscarmouche qui ouvre le set ; les sonorités évoquent l’orient plus ou moins lointain, les mesures paires et impaires se succèdent, marquant les étapes d’une course poursuite infernale. Puis En plein vol, en forme de gag musical, nous entraîne dans une ambiance plus bucolique, avec au passage quelques belles phrases musicales.

    La jolie mélodie du thème de 110 introduit une ballade aussi riche par ses harmonies que par les accompagnements inspirés des deux guitares. Tagada et ses harmonies inattendues, Promenadeavec Mathieu, jalonnée de quelques gimmicks rythmiques, Armand le télépathe et sa rythmique déjantée nous amènent à La Ballade, envoûtante composition d’une dizaine de minutes qui nous laisse rêveurs. Nathalie en oublie de prendre des photos.

    Voilà donc un ensemble qui promet, par les qualités de ses membres, tous virtuoses accomplis, par l’originalité et la richesse de leurs compositions et par la cohésion qu’ils affichent. Souhaitons-leur un bel avenir.

    L’Esplanade Saint-Vincent nous a une fois de plus concocté une soirée de qualité ; la formule repas + concert (chacun son tour) s’avère un choix judicieux qui fait recette et qui comble autant les habitués que les nouveaux venus.

    Michel Perrier

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  • Jazz-rhone-alpes.com du 26 mars 2012

    Wilhelm Coppey et Christophe à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

    Ce soir, quatrième soirée jazz à l’Esplanade Saint Vincent. Ça devient une habitude, nous avons encore deux pointures du jazz rhônalpin : Wilhelm Coppey au piano et Christophe Métra à la trompette et au bugle ; formation peu courante s’il en est, et qui présente sa dose de risques sur deux sets et des broutilles, devant un public averti d’une soixantaine de personnes.

    Loin de tourner à la démonstration, l’exercice a conquis la salle tant le duo a su nous servir un jazz sophistiqué, mélodique et varié. Il faut saluer ici la main gauche de Wilhelm Coppey sur qui les deux solistes (la main droite et Christophe Metra) ont pu se reposer en toute confiance ; alternant habilement ragtime, walking bass et rythmes latins, elle empiète quelquefois sur le territoire des mediums et des aigus pour y déposer délicatement l’accord qui rassure ou la petite note qu’on n’attend pas. Elle sait aussi s’effacer pour laisser l’auditoire suspendu aux improvisations croisées des deux solistes. Du pur bonheur.

    Rendant hommage à quelques prestigieux pianistes et trompettistes, le premier set démarre par Hackensack de Thelonious Monk qui donne tout de suite le ton du voyage : nous visiterons le monde des standards un peu à l’écart des voies touristiques, avec quelques passages obligés tout de même, le tout éclairé par des improvisations brillantes et bien inspirées. Suivent deux thèmes plus veloutés, où la rondeur du bugle permet à Christophe Métra d’exprimer toute la subtilité de son jeu. Un petit tour du côté de chez Bud Powell puis Freddie Hubbard, et le set s’achève sur Dream d’Horace Silver (dont nous pourrons apprécier une belle interprétation de Strollin’ durant le second set). C’est tout juste si on se rappelle que la gastronomie est au programme de la soirée!

    Pour le second set, Wilhelm Coppey nous honore d’une de ses compositions, Kick off at 9 o’clock ; portées par un motif de basse, les mélodies se croisent, s’emmêlent, se suivent, se répondent, chaque instrument soutenant l’autre dans sa progression. L’ambiance latine de Ceora (Lee Morgan) nous prépare à une interprétation époustouflante de Some day my prince will come, à qui It don’t mean a thing de Duke Ellington n’a rien à envier. Le public réussit à arracher un dernier blues avant le dessert. Ça faisait un moment que ça démangeait, il y avait bien eu quelques départs un peu timides, mais cette fois les doigts claquent, les mains battent le rythme … on en redemande !

    Comme on ne pouvait pas se quitter comme ça, le duo nous interprète Mack the knife (la main gauche en profite pour flirter avec le tango), et c’est à Gershwin que revient l’honneur du dernier mot avec But not for me.

    Le pari était osé, il est brillamment gagné.

    Pour finir, félicitons l’équipe de l’Esplanade, pour ses choix musicaux originaux et de grande qualité, pour le régal des papilles et des yeux (une mention toute particulière pour la présentation des plats), et pour cette ambiance qui se crée au fil des soirées, laissant une large part à l’échange entre les convives / auditeurs / spectateurs et avec les musiciens. Nul doute que l’Esplanade est en passe de devenir un rendez-vous incontournable à Vienne pour qui aime le bon jazz et la bonne chère.

    Michel Perrier

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  • Jazz-rhone-alpes.com du 12 mars 2012

    Olivier Truchot Organ trio à l’Esplanade Saint-Vincent

    L’esplanade Saint-Vincent à Vienne organisait ce soir sa troisième soirée jazz. La formule commence à se roder et les propriétaires des lieux sont plus sûrs de leur démarche. Pour être certains de ne pas se tromper ils font appel à des valeurs sûres du jazz régional et ce soir ils invitaient Olivier Truchot et son « organ trio »: Thibaut François à la guitare et Romain Sarron à la batterie. Ces deux derniers ont déjà joué à Vienne … sur la grande scène, l’été dernier avec le Amazing Keystone Big Band, excusez du peu.

    Là, ce soir, il s’agit de faire passer une bonne soirée à une quarantaine de personnes qui sont venus pour écouter « du bon jazz » comme j’ai pu l’entendre en début de soirée.

    Olivier est toujours aussi heureux de jouer (surtout avec cette paire là) et sa bonne humeur est communicative. Il nous propose un répertoire très enlevé avec un Ant dance (danse des fourmis) bien vif pour commencer les hostilités puis une de ses compositions Secret waltz avant de reprendre des classiques comme Midnight blue ou Carolyn, la version de Lee Morgan pas celle de M.C. Solar ! Le premier set s’achèvera sur un morceau de guitariste : Secret champ de Jesse Van Ruler. Parfait pour permettre à Thibaut de montrer toute sa dextérité et sa fluidité.

    Une pause bien méritée histoire de se sustenter, de boire un coup et de causer, et on reprend avec un surprenant Puttin’ on the Ritz bien vitaminé où le thème initial est avant tout un prétexte à se lâcher pour chacun. Après une bossa, Olivier nous propose une ballade afin de mieux amorcer sonThis Five bien speedy pour finir sur Cherry 2000. Le public est ravi et tombe sous le charme de cette formation en trio autour d’un orgue Hammond qui semble n’avoir plus de secret pour Olivier.

    Un petit miam-miam… et le trio ne peut se résoudre à ranger le matos sans bruit, alors il nous offrira un Caravan et un Carrot cake histoire de partir sur des bonnes bases.

    Prochaine date à l’Esplanade Saint-Vincent: le vendredi 23 mars avec Wilhelm Coppey / Christophe Metra (piano/trompette).

    Pascal Derathé

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  • L’Essor. 1er mars 2012. L’hyper-centre de la cité antique ne brillait pas jusqu’à présent par son offre en salles de réceptions et festives. L’ouverture de l’esplanade Saint-Vincent vient donc combler ce manque et proposer des infrastructures modernes et adaptées.Dans la tête de Jacques Caron, co-gérant du Livia et cuisinier de métier, l’idée a vite fait de germer. La réalisation d’un tel projet semblait tout à fait pertinent face aux nombreuses demandes d’organisation de soirées, d’évènements festifs ou de séminaires à bord son restaurant naviguant. Lequel avait servi notamment aux talents comiques locaux de brûler les planches. De fait, il n’a pas eu à chercher bien loin pour trouver le local ad-hoc, « l’esplanade Saint-Vincent » est situé dans les anciens locaux du collège du même nom, et juste en face de son restaurant, « le Cloître ».« Cette idée s’est imposée d’elle-même car la demande était latente et l’offre rare en centre-ville » confirme M. Caron. Emballé par le concept, Eric Marsella, président des hôteliers-cafetiers -restaurateurs et chef depuis plus de 30 ans du restaurant Monte-Cassino,  aura à sa charge le pôle traiteur. Une activité qu’il occupe déjà par ailleurs. Le troisième pilier de cette aventure n’est autre queFrançois Robin, figure reconnu à Vienne pour la qualité de ses peintures figuratives. Ces œuvres viennent alors orner les murs de la salle qui peut accueillir jusqu’à 80 personnes.Le côté pratique de l’esplanade Saint-Vincent permet ainsi de remplir trois offices. Les réceptions tout d’abord, les séminaires où l’espace est équipé d’un système audio-vidéo complet (écran panoramique, vidéo projecteur, wifi..) et bien évidemment la tenue de concerts. Il faut en effet que Vienne puisse vivre des expériences musicales intenses en dehors du festival Jazz à Vienne. Jean-Baptiste Hadrot, pianiste jazz viennois a baptisé les lieux le 14 février. A.SVoir l’article d’origine
  • Jazz-rhone-alpes.com du 20 fécrier 2012

Claude-Eugénie Iwandza et Emmanuel Bonhomme à l’Esplanade Saint-Vincent


Seconde soirée jazz à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne qui accueille pour l’occasion le duo constitué par la chanteuse Claude-Eugénie Iwandza et le pianiste Emmanuel Bonhomme.

Le public pas encore habitué découvre et apprécie les lieux. Le duo nous a concocté un florilège de « tubes » que chacun a eu à coeur de reconnaître. A titre d’exemple : SummertimeGeorgiaLullaby of birdlandNobody knowsNot for me.

Claude-Eugénie est comme à son habitude, expressive à souhait, captant les regards, sachant initier un dialogue avec le public. A la pause elle fera le tour des tables pour échanger avec chacun. Bien vu !

A la reprise on retrouvera d’autres tubes dont un Let my people go sur lequel l’auditoire deviendra acteur de bonne grâce. Bien sûr nous aurons droit à quelques morceaux de Gospel, genre de prédilection de la chanteuse qui lui permet d’exprimer toutes les facettes de son talent.

A l’issue de deux sets rondement menés, tout le monde s’est retrouvé autour d’un buffet préparé par notre hôte Jacques Caron.

Prochain concert dans deux semaines avec un autre style de jazz.

Pascal Derathé

  • Jazz-rhone-alpes.com du 20 fécrier 2012

Inauguration de l’Esplanade Saint-Vincent

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Soirée spéciale à Vienne où l’on inaugurait (enfin) la nouvelle salle qui compte mettre du jazz dans sa programmation. L’esplanade Saint-Vincent a donc ouvert ses portes sur une soirée de prestige pour la Saint-Valentin. Petites tables, mets fins, ambiance cosy de rigueur. Une cinquantaine de personnes ont fait partie des défricheurs du lieu. La programmation musicale était assurée par le trio Marie Joannon / JB Hadrot et Nicolas Courtinot (voix/ Fender Rhodes / Contrebasse & guitare).

Saint-Valentin oblige il fut question de romance et le support était le duo « When there is love » des regrettés Abbey Lincoln et Hank Jones (disque paru en 1993).

Pour permettre aux convives de profiter pleinement des différents moments de la soirée, le show est divisé en trois sets. Le premier sera un duo Fender / Voix où Marie et JB reprennent quelques morceaux de l’album (The Jitterburg WalzWhen there is love, …). L’interprétation est forcément différente de l’originale. Qui pourrait prétendre approcher Abbey ? Marie nous offre une justesse et une sincérité qui touchent le public d’emblée captivé par l’intimité proposée. Le son bien rond de la salle et les lumières bien gérées contribuent grandement à la mise en place de cette ambiance club dans une salle qui ne ressemble en rien à une cave.

Fin du set, retour des lumières, étape gourmande (je ne vous citerai pas le menu… mais ce fut fort bon: aux manettes deux restaurateurs bien connus à Vienne : Jacques Caron et Eric Marsella, co-fondateurs du lieu, le troisième larron étant notre peintre viennois François Robin qui a conçu le lieu).

Début du second set avec l’entrée en scène de Nicolas à contrebasse (alors qu’on le connaissait guitariste). On abordera d’autres grands standards (Nostalgia in Time SquareBrother can you spare a dime, …) re-pause gourmande pour achever le récital avec quelques perles comme Take a A trainGood bye Pork Pie Hat et bien d’autres. Nicolas alternera guitare et contrebasse. Pratique !

D’entrée de jeu l’Esplanade Saint-Vincent a trouvé une formule avec alternance de bonne musique et de bonne chère qui a fonctionné. Le public qui n’y avait pas encore ses marques a apprécié le séquençage et s’est montré très attentif. Le lieu va proposer un concert de jazz toutes les deux semaines. Le prochain c’est vendredi 24 février avec la délicieuse Claude-Eugénie Iwandza et son pianiste Emmanuel Bonhomme. Bon vent et à suivre…

Pascal Derathé

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  • Naissance d’un nouveau lieu festif et musical à Vienne : l’Esplanade Saint-Vincent
(Vivre à Vienne 9 février 2012)

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  •  Le Dauphiné-libéré, 10 février 2012

 

  •  La Tribune de Vienne et de l’Isère, 10 février 2012